Le 570, rue du Roi: le blues de l’incinérateur

Par Nathalie Côté
Publié le 26 juin 2026
Spectacle expérimental 570 rue du Roi : Mémoires à faire, le 27 mai au Centre Hub Créatif (729 Côte d’Abraham). Simon-Olivier Gagnon, Alice Guéricolas-Gagné, Gabrielle Bouthillier avec la contribution du Studio Entours de David Nadeau-Bernatchez et David B. Ricard.

Simon-Olivier Gagnon fait des recherches universitaires sur les archives des groupes communautaires de Québec depuis plusieurs années. En collaboration avec l’auteure Alice Guéricolas-Gagné et l’accordéoniste Gabrielle Bouthillier, il a présenté une conférence multidisciplinaire au Studio Hub, le 27 mai, relatant l’histoire de la maison où ont logé plusieurs groupes communautaires. La prestation unique, culturelle et politique, a captivé l’assistance.

À travers des entrevues avec les premiers habitants de la maison sise dans le quartier Saint-Roch, des bandes sonores, des photos, des extraits de poèmes et des chansons, cette « chronique des mouvements sociaux remue la mémoire de ce lieu emblématique du mouvement populaire de la Basse-ville » comme on peut le lire dans le zine produit pour l’occasion.

Pour Simon-Olivier Gagnon, c’est une manière de rendre hommage à toute une génération qui a occupé ce lieu qui a été au cœur de la vie militante. C’est un des premiers lieux dans lequel Droit de parole a eu ses bureaux, CKIA y avait son studio, l’ACEF de Québec y a eu ses bureaux pendant des décennies, le Comité citoyen de l’Aire 10, Plume rouge (Centraide), le BAIL : plus d’une quinzaine de groupes y ont occupé les lieux. La maison, d’abord acquise par le Rassemblement populaire dans les années 1970, a été un espace pour les groupes communautaires qui s’en sont départis au début des années 2000. Le nouveau propriétaire en a fait une maison de chambres louées sur Airbnb qui ne peut que décevoir.

Reste qu’il s’agit surtout pour Simon-Olivier Gagnon de rendre hommage aux militants et militantes qui se sont impliqué.es dans le mouvement populaire, « afin que les idéaux ayant jadis animé ce lieu se propagent ». En témoigne, Le blues de l’incinérateur chanté par Gabrielle Bouthillier et Alice Guéricolas-Gagné, composé par Réjeanne Cyr, alors travailleuse à l’ACEF. Les citoyens contestaient alors la construction de l’incinérateur du début des années 1970. Il résonne encore aujourd’hui :

« C’est le blues de l’incinérateur
À Limoilou y sont en maudit
Ils ont perdu le sens des couleurs
Ils voient plus rien quand gris sourit
En haut, y disent qu’y font pas fait de mal
Il faut les croire, les gens au pouvoir
C’est vrai qu’y font pas de mal
Pas de mal aux multinationales
Pas de mal à tous les exploiteurs
Du blues de l’incinérateur. »

 

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