L’avenir de l’Hôtel-Dieu

 Par Nathalie Roy 
Publié le 11 juin 2026
L’Hôtel-Dieu de Québec, le plus ancien hôpital du Canada. Photo: Nathalie Roy

La décision de fermer l’Hôtel-Dieu de Québec semble prise depuis longtemps. Le gouvernement Marois a annulé en 2013 le projet d’agrandissement de l’Hôtel-Dieu. On développerait plutôt un nouveau complexe hospitalier autour de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus en y déménageant toutes les cliniques spécialisées et surspécialisées qui composaient le plus vieil hôpital du Canada. En 2015, le gouvernement Couillard a réaffirmé cette décision, scellant ainsi l’avenir de l’Hôtel-Dieu.

Sur quoi reposait cette décision, nous l’ignorons. Mais l’analyse ne semble pas avoir fait grand cas de la valeur patrimoniale du bâtiment, pas plus qu’elle ne s’est inspirée de la vision que pouvaient en avoir les Augustines, celles-là même qui ont fondé l’Hôtel-Dieu de Québec en 1639 ! Si l’on compte qu’elles ont en outre établi onze monastères-hôpitaux dans plusieurs régions du Québec, on reconnaîtra que leur œuvre est à la base de notre réseau public de la santé.

Avant que soit annulé le projet d’agrandissement de l’Hôtel-Dieu, la congrégation avait rénové et agrandi son monastère en s’appuyant sur des études approfondies du bâtiment réalisées par l’École d’architecture. Les relevés guideraient les travaux pour conserver l’authenticité du Monastère à travers sa restauration. L’une de ces études présente les plans et la coupe du système constructif du Monastère, montrant que celui-ci est inclus au cœur des bâtiments de l’Hôtel-Dieu. François Dufaux et al., Le monastère des Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec, une histoire opérationnelle des bâtiments :https://arc.faaad.ulaval.ca/files/arc/1-MHDQ-03-2008.pdf

En agrandissant leur monastère, les religieuses avaient-elles souhaité répondre à une demande accrue de chambres pour les malades et pour les proches aidants ? Elles ont dû revoir leurs plans car depuis 2015 elles se consacrent, à travers une fiducie baptisée « Monastère des Augustines », au tourisme de bien-être.

La population des quartiers centraux de Québec, la patientèle naturelle de l’Hôtel-Dieu, n’a pas été consultée non plus sur la réorganisation des services hospitaliers. Il y a eu, au cours d’une assemblée du Conseil de quartier du Vieux-Québec – Cap-blanc – Colline parlementaire, présentation, par le CIUSSS de la Capitale nationale, d’un rapport sur les usages possibles des espaces de l’Hôtel-Dieu mais le dialogue ne s’est pas engagé (Bélanger, Simon, « Trouver une vocation à l’Hôtel-Dieu pour arrêter « l’hécatombe dans le Vieux-Québec » », Mon Vieux-Québec, 4 mai 2026).

Finalement, négligeant toute objection au projet du nouveau complexe hospitalier du CHU de Québec, le ministère de la Santé a donc décidé que l’Hôtel-Dieu de Québec serait vidé de ses fonctions lorsque toutes ses cliniques auraient été déménagées du côté de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus. Au ministère, on calculait que le déménagement aurait peu d’impact pour les usagers puisque le méga-complexe hospitalier serait situé tout près du vieil hôpital. Tout près ?!? À vol d’oiseau ? Par l’autoroute ? Pitié ! Pour les personnes qui se déplacent à pied, l’ajout de 3 ou 4 kilomètres pour se rendre à l’hôpital ne sera jamais négligeable.

On éclate donc de rire lorsqu’on apprend que, la ville de Québec s’étant améliorée depuis 25 ans, un palmarès du Globe and mail la place au premier rang des villes où il fait bon vivre au Québec. Ou alors on se dit que cette évaluation ne couvre pas le Vieux-Québec… C’est que depuis 25 ans justement, on assiste à l’effritement des services de proximité dans ce quartier ! Et que ce n’est pas fini : on menace encore de lui enlever les derniers qu’il lui reste.

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