
Doc a sorti une feuille pliée qu’il n’a pas vraiment
dépliée.
— Plans, dit-il.
Je regarde sans prendre.
Il a déjà commencé à parler comme si la discussion
était une formalité.
— On démonte.
— Quoi?
— Les anciennes autoroutes.
Il pose la feuille sur la table sans la regarder lui
même.
— Elles ne servent plus à rien. Elles occupent de l’es
pace.
— On récupère les terres.
Je relève la tête.
— Les terres?
— Agricoles. Potentielles. Libérées.
Il prend une gorgée.
— On redonne ça à la communauté.
Je ne réponds pas.
— Et on concentre le déplacement.
Il trace vaguement une ligne dans l’air.
— Le corridor naturel.
— Le fleuve?
— Le fleuve, oui.
Il marque une pause.
— On l’utilise.
Je repose lentement ma cuillère.
— L’utiliser comment?
— On le rend actif.
Il continue, sans hésiter.
— On asphalte le corridor.
— Pourquoi?
— Parce que c’est déjà un chemin.
Il me regarde enfin.
— Les glaciers ont déjà fait le travail.
Silence court.
— Ils ont ouvert la voie. Nous, on la stabilise.
Il reprend, plus calme :
— On arrête de lutter contre la nature. On s’aligne
avec elle.
Il avale une gorgée.
— Et on simplifie les options.
Je le regarde.
Il ajoute :
— Trop d’options fatiguent la circulation.
Il tapote la feuille.
— Là, tout devient lisible.
Je ne dis rien.
Doc conclut :
— On change le rapport au territoire. On enlève les
détours inutiles. On rend le mouvement évident.
… mais ça prendra encore et toujours deux heures
pour aller à Montréal ?
Faut faire vite
par Michaël Lachance
À