
Dans le contexte de la 14e manifestation nationale pour le logement, le 24 avril dernier, la Ville de Longueuil et son service de police avaient mis tellement de pres sion sur les organisateurs qu’ils ont dû modifier leur itinéraire. Le Regroupement des comités de logement et associations locataires du Québec (RCLALQ) a dé noncé ces agissements.
Pendant les trois semaines précédant la manif, le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) et un régisseur de la Ville avaient contacté de nom breuses personnes, plusieurs fois plusieurs par jour, pour exiger le changement du trajet.
Normalement le RCLALQ ne donne pas ses trajets, et il faut se rappeler que des règlements municipaux à Québec et à Montréal exigeant la communication du trajet ont été invalidés par les tribunaux. L’obligation de divulguer l’itinéraire est donc une atteinte dérai sonnable au droit fondamental de manifester. Les policiers de Québec et de Montréal sont bien sensibilisés, car la plupart des manifs ont lieu dans ces deux villes. Mais de toute évidence ce n’est pas le cas à Longueuil.
Le RCLALQ avait annoncé le point de rassemblement dans un parc municipal appelé Catherine-Primot. Les seules toilettes disponibles se trouvent dans le pavillon de ce parc. Le SPAL, avec la complicité de la Ville, avait menacé de couper l’électricité et barrer les toilettes, ce qui aurait empêché des centaines de manifestant.es de faire leurs besoins.
Selon le SPAL, la manifestation menaçait la sécurité des enfants dans l’école primaire de Normandie, qui est juste à côté d’un parc public aussi nommé de Normandie. La marche devait se terminer dans ce parc, mais le SPAL a pris les grands moyens pour éviter que cela n’arrive. La police n’a jamais fourni de justification légale à ses actions et aucun indice ou renseigne ment n’a fait état d’une quelconque menace spécifique. Le SPAL et la Ville avaient tout simplement décidé, sans preuve, qu’à leur avis la manif était une menace et qu’une intervention serait nécessaire.
Or, les manifestations du RCLALQ sont toujours familiales et pacifiques, comme c’était le cas pour cette marche de quelque 425 personnes. Il n’y avait pas de violence, ni de vandalisme. Les organisateurs trouvent ironique que le SPAL prétend que la manif menaçait les enfants. On se rappellera qu’en septembre 2025 un policier de ce même SPAL avait tué un adolescent non armé, ce qui a grandement ébranlé la confiance de la population.
Le RCLALQ avait imprimé 300 tracts avec le trajet, mais finalement la police « n’autoriserait pas la manif si on faisait le trajet prévu. Ils nous ont dit qu’ils en verraient l’antiémeute pour sécuriser les alentours de l’école, donc on a compris qu’on n’aurait tout simplement pas le choix. » Le trajet était modifié pour se terminer au carré Isidore-Hurteau, loin de l’école.
Pendant la marche plusieurs lignes de police ont été déployées pour forcer les manifestants à suivre le nouveau trajet.
Au microphone devant la foule, une porte-parole du RCLALQ a qualifié de « très très très compliquée » la collaboration avec le SPAL. « Mais comme on n’a jamais fait de manif de cette envergure à Longueuil, on a tenté de faire preuve de bonne foi, et de collaborer plus ouvertement avec le SPAL, mais bien franchement, c’était une erreur».