Une société laidophobe ! ?

Par Ève Sanfaçon
Publié le 28 avril 2026
Le centre d’accueil Nazareth dans le Vieux-Québec. Photo : Ève Sanfaçon

J’ai lu un essai sur la laidophobie (Laidonnerie de Kareen Martel) mais aussi sur notre rapport aux ruines (L’habitude des ruines de Marie-Hélène Voyer). Pourquoi les divers paliers de gouvernement laissent-ils notre patrimoine bâti en décrépitude ? Un exemple. Pensez a l’École St-Louis-de-Gonzague et juste a côté, le Centre d’accueil Nazareth dans le Vieux-Québec. Abandonné depuis plus de 15 ans maintenant quand sa fonction de foyer pour personne âgées a fermé ses portes. La ville ne se décide pas à faire quelque chose avec ce premier bâtiment d’architecture britannique construit à la fin du XIXe siècle.

Avant d’aller plus loin sur l’histoire de ce bâtiment, parlons du Compop, qui propose d’en faire une coopérative d’habitation. Bien sûr, il y est question d’argent, d’ailleurs présentement, l’espace est utilisé comme stationnement. La Ville et les autres paliers de gouvernement voient ils d’un mauvais œil que de moins nantis habitent dans ce quartier ? Après tout, le Maire Marchand et M. La beaume avant lui, voit ce secteur touristique comme rentable et propret, si on met des gens avec de hauts revenus, on est O.-K. sinon quoi ?

Une coopérative d’habitation, c’est une mixité de gens qui mettent en commun un bien immobilier. Par contre, je ne suis pas certaine que les gouvernements actuels connaissent la réalité de coopératives d’habitation…

Pensez-y comme ce serait chouette, une coop mixte, famille, gens seuls et couples, ainsi de suite : il y a de l’espace pour aménager un jardin et une cour verte, il y a déjà de beaux grands arbres matures. Sans oublier que nous sommes dans la Côte de la Potasse, non loin de la porte St-Jean.

Le plan de Bruno Marchand pour revitaliser le Vieux Québec ?

Je serais curieuse de connaître le plan du maire Bruno Marchand pour faire revenir les citoyen.e.s dans le Vieux-Québec. Il n’y a plus de services dans ce secteur, les épiceries, boulangeries, sont hors les murs. Les gens qui habitent encore à l’intérieur des murs doivent se déplacer en dehors du quartier pour aller faire leurs courses.

Je travaille dans le secteur touristique et j’avoue que bien souvent je dis à ma clientèle de sortir des murs pour avoir plus de services et surtout à un meilleur prix. Je ne veux pas porter préjudice à ces restaurateurs et autres boutiques, mais on ne peut pas tous se payer un repas à 100 $ le couvert, peut importe combien ce repas est délectable.

M. Marchand, venez intra-muros, au plus fort de l’été c’est « un joyeux bordel » d’y circuler, qu’on soit à pied, à vélo ou en voiture. Et là je ne parle pas des ma rathons qui immobilisent la ville sur 24 heures durant, des travaux du tramway ou autres constructions de condos qui détournent le seul autobus qui dessert le Vieux-Québec…

L’histoire du Centre d’accueil Nazareth

Commençons par la Conquête britannique de 1759 à1763. Bien des constructions et changements de paysages dans la ville furent entrepris. Que l’on parle des fortifications, de la Redoute Dauphine, du Manège militaire, de l’église anglicane Sainte-Trinité sur la rue des Jardins, pour n’en nommer que quelques-uns. Les soldats britanniques étaient donc très occupés dans la construction, en plus bien sûr de « garder » la ville dont ils avaient pris possession.

Le Pavillon Nazareth a été construit à cette époque, c’était en 1868, pour loger ces militaires britanniques et leurs familles. Cela ne dura pas longtemps. Suite à leur démobilisation, l’édifice fut prêté aux sœurs de la Communauté du Bon pasteur. Arrivées en 1850, elles s’installent au 945 rue des Sœurs-de-la-Charité, juste en face de ce pavillon. Elles sont encore là aujourd’hui, avec la fondation Mère-Mallet, l’église et un centre de service de repas et de friperie pour les gens dans le besoin.

C’est comme ça que les sœurs se sont vouées à aider les filles et les femmes exclues de la société pour avoir contrevenu aux normes de la société. Le Pavillon Nazareth fut ensuite un orphelinat pour garçons. Au XXe siècle, cela deviendra un foyer pour personnes âgées jusqu’à sa fermeture le 31 mars 2011.

La valeur patrimoniale de cet ouvrage d’architecture et la crise du logement cher, en font deux points majeurs à considérer pour revaloriser ces deux bâtiments dans ce secteur historique de la ville. Après 20 ans, qu’est-ce qu’elle attend la Ville ? Encore une fois : effacer notre mémoire pour construire de édifices sans âme ? Et-il mieux d’oublier notre histoire et de vivre dans le neuf et le clinquant ? Ce n’est pas pour ça que les touristes viennent nous voir. Nous devions plutôt être fières de conserver notre histoire avec entre autre, son patrimoine bâti.

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