
La révolution islamique de 1979 en Iran, de mon point de vue, a été comme un suicide collectif; un événement dont les conséquences n’ont pas seulement imposé des restrictions sociales, économiques et politiques à la population, mais ont aussi plongé le pays dans des tensions internationales. Peu après la révolution, l’Iran est entré dans une guerre de huit ans avec l’Irak, causant des pertes financières, humaines et psychologiques considérables à la société, dont les effets restent présents dans la mémoire collective.
Les tensions liées aux objectifs idéologiques du gouvernement et aux pressions internationales ont eu des répercussions économiques et sociales majeures pour les Iraniens. Parallèlement, une vague importante d’émigration de talents et de spécialistes a commencé, phénomène que beaucoup considèrent comme un coup sérieux porté à la structure sociale et scientifique de l’Iran, alors que le sort et le bien-être de la population n’étaient pas une priorité pour les dirigeants.
Ce qui est arrivé à l’Iran aujourd’hui résulte de plus de quarante ans de trahison continue du gouvernement envers son peuple. Au fil des ans, une grande partie de la société a tenté d’exprimer ses revendications par des moyens pacifiques, mais la réponse du gouvernement n’a été que répression, arrestations, tortures, exécutions et intimidation. Des personnes sans place significative dans le pouvoir ou l’économie ont été confrontées à la discrimination; des individus victimes d’une structure que j’appelle « la secte mafieuse ».
Certaines sources rapportent que lors de la répression des manifestations de janvier, les forces gouvernementales ont tué en quelques jours plus de trente-cinq mille manifestants innocents – des jeunes, des adultes et même des enfants – venus dans la rue pour revendiquer leurs droits. Ces événements ont laissé une blessure profonde dans la mémoire collective et imposé un deuil immense. La mort de Ali Khamenei a été pour la grande majorité des Iraniens un événement apaisant. Si parfois on observe la satisfaction de certains Iraniens face à ces conflits, c’est parce qu’une grande partie de la société n’avait pratiquement plus de solution pour sortir de l’impasse de cette république criminelle ; sinon, aucun peuple ne souhaite la guerre.
À mon avis, ce deuil doit rester comme un monument dans notre mémoire historique afin de rappeler toujours les dangers qu’un gouvernement religieux peut représenter pour les citoyens.
Mon expérience en tant que citoyen irano-canadien a été un mélange d’émotions contradictoires ; oscillation entre espoir et inquiétude. D’un côté, le soulagement et la joie de la fin de la vie de ceux qui étaient responsables de la souffrance du peuple, et de l’autre, l’inquiétude pour le sort de mon pays que j’aime comme ma propre vie.
Cependant, même des expériences amères laissent place à des lueurs d’espoir. Je crois qu’un esprit en quête de vérité cherche la lumière même dans les ténèbres les plus profondes. Au fil des décennies, la société iranienne a fait face, de manière pratique et expérimentale, aux conséquences de l’entrelacement de la religion et du pouvoir politique, et elle a acquis une compréhension profonde des valeurs de la laïcité et de la séparation de l’État et de la religion.
Il existe des points communs importants entre la société iranienne et celle du Québec. L’histoire du Québec dans la défense du sécularisme et des valeurs civiques est inspirante pour de nombreux Iraniens et crée un terrain naturel de solidarité entre ces deux communautés.
Mon souhait est la chute rapide de ce régime et la formation d’un gouvernement où le peuple pourra librement décider de son destin. Le rêve de beaucoup d’entre nous est un Iran libre, laïc uni et basé sur la volonté du peuple ; un Iran capable de jouer un rôle positif dans la paix et la stabilité mondiales.
Si vous avez un collègue iranien au travail ces jours-ci, sachez que derrière son apparence calme et digne, un océan d’émotions et d’inquiétudes coule. Je vous demande de prendre soin de vos collègues iraniens dans ces moments difficiles plus que jamais.