Terres des Sœurs de la Charité : un bien collectif

Par Nathalie Côté
Publié le 10 juin 2017
Simone Bodeur, Rosalie Chaput et Caroline Souci ont manifesté parce qu’elles ne veulent pas voir de condos sur ces terres. Photo : Zoé Laporte

Deux cents personnes se sont rassemblées le samedi 10 juin pour revendiquer la vocation agricole des terres des Sœurs de la Charité situées à Beauport, en banlieue de Québec. Les vastes terres sont menacées par un gigantesque projet immobilier.

Rassemblés à l’appel de Voix citoyenne et d’une coalition d’organismes – dont l’Union des producteurs agricoles (UPA), l’Union paysage, Nature-Québec et les AmiEs de la Terre – les gens présents ont marché 4 km en longeant les terres.

Des citoyens de Beauport, de Charlesbourg, de Québec, mais aussi des politiciennes étaient présentes, en guise de solidarité avec les manifestants : Agnès Maltais du Parti québécois, Anne Guérette de Démocratie Québec, ainsi que des représentants de Québec Solidaire.

Les terres, cultivées depuis l’époque de la Nouvelle-France, jouissent d’une vue  imprenable sur la ville de Québec, avec le fleuve et les Appalaches à l’horizon. Ce sont des terres arables d’une qualité exceptionnelle, comme l’ont rappelé plusieurs intervenants.

L’accaparement des terres par les corporations est un enjeu qui touche les citoyens de partout dans le monde.

Nicolas Bédard, de la ferme Bédard et Blouin, voisin des terres, est un jeune cultivateur qui continue la tradition familiale depuis trois générations. Il s’est dit touché par cette marche : «Ici, il pourrait y avoir des tonnes de productions maraîchères» a-t-il dit en partageant sa passion pour l’agriculture.

Un statut de protection perpétuelle?

À l’horizon, le fleuve, Québec et les Appalaches. Photo: Zoé Laporte

Estelle Le Houx,  du groupe Protec-Terre, a  affirmé, comme le pense plusieurs : «Les bénéfices à long terme pour l’ensemble des habitants de la ville de Québec sont bien plus importants que les profits à court terme que feront les fondations et les promoteurs privés. Ce dont ces terres ont besoin, c’est d’un statut de protection perpétuel, rien de moins».

Elle a rappelé que les terres des Sœurs de la Charité ont été acquises pour nourrir les indigents et les malades de Québec. «Ce sont des terres nourricières que l’on se doit de préserver pour la population actuelle et les générations futures.  Elles constituent un bien commun avec une grande valeur environnementale, sociale et patrimoniale.»

Réjean Lemoine : ces terres sont un bien commun

L’historien Réjean Lemoine a aussi marché pour conserver la vocation agricole des terres. Il  rappelle quelques faits: «À la fin du 19e siècle, sur ces lieux était situé l’Asile de Beauport. C’était un hôpital privé à l’époque pour les personnes atteints de maladie mentale.»

Il rappelle que l’État a alors acheté les lieux pour ensuite les céder aux Sœurs de la Charité, à la condition que les sœurs s’occupent des aliénés et des indigents. Selon l’historien : «À partir du moment où les Sœurs de la Charité ont délaissé la fonction initiale des terres, ne devraient-elles pas redevenir propriété de l’État? C’est une question qui se pose.»

Une dérogation de zonage conditionnelle…

Si le promoteur Dallaire de l’entreprise Cominar – un des plus gros promoteurs immobiliers au Canada – a acheté les terres, son «projet de condos pour les jeunes familles» est conditionnel à l’obtention d’une dérogation de zonage que devra d’abord accepter le Ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire. Sans cette dérogation de zonage le projet ne pourra voir le jour.

À venir : consultation et pétition

Les organisatrices de Voix citoyenne ont invité les citoyens à signer la pétition, à contacter leurs députés et à participer à la  consultation publique qui aura lieu du 29 au 31 août 2017.  La date limite pour s’inscrire est le 22 août à 16 h.

 

 

 

 

 

 

 

 

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