Face à l’obstination de Labeaume, les Oblats montent le ton

Publié le 1 novembre 2016
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La décontamination du centre Durocher est commencée, avant que l’entreprise n’entame l’éventuelle démolition. Pour l’heure, la structure du bâtiment reste intacte. PHOTO – Nathalie Côté

Par Pierre Mouterde

On s’en doutait bien : s’il y a une institution proche du quartier Saint Sauveur qui ne se trouve pas à l’aise avec les orientations prises par le maire Labeaume concernant la démolition du Centre Durocher, c’est bien la congrégation des Oblats.

 

Celle-ci, par la voix de son provincial, le Père Luc Tardif (o.m.i.), avait déjà au cours de l’été dernier fait savoir publiquement qu’elle souhaitait que l’actuel édifice du Centre Durocher puisse se convertir en Maison de la Culture. Et depuis le Père Provincial avait appelé officiellement toutes les parties à se retrouver autour d’une table, avec une date à la clef : le 18 octobre. Mais sans succès. Seule la corporation Durocher et le Comité des citoyens et citoyennes du quartier Saint Sauveur avaient répondu par l’affirmative. Quant au maire, il avait fait la sourde oreille, annonçant en conférence de presse, le 3 octobre dernier, qu’il irait de l’avant dans son projet initial.

 

Un pas de plus

Cette fois, les Oblats font cependant un pas de plus. Et alors que les travaux de décontamination sont bien entamés, non seulement le père Luc Tardif, par le biais d’une nouvelle lettre publique, réitère sa demande de rencontre avec le maire, mais encore il se « désole » que ce dernier ne lui ait pas répondu.

Il lui demande aussi de « suspendre le permis de démolition », de manière à ce que, sans mise à terre de l’édifice du Centre Durocher, puissent se mettre en marche les deux projets nécessaires au développement du quartier Saint Sauveur : celui de logement social, mais aussi celui de Maison de la Culture. Ajoutant au terme de sa lettre qu’il espère que « la Communauté ne sera pas obligée à recourir à des moyens plus lourds, plus onéreux et moins conviviaux pour assurer que la Ville et la Corporation respectent la lettre et l’esprit des conditions de cession convenues par [les] prédécesseurs ».

 

On le voit, du côté des Oblats, le ton est en train de monter ! Reste à voir, cependant, quelle sera la réaction du Maire Labeaume ! Acceptera-t-il de rencontrer le Père Oblat? Faudra-t-il aller jusque devant les tribunaux pour qu’il entende minimalement raison ? C’est ce que nous saurons dans les prochains jours.

 


Vous trouverez ci-dessous la lettre complète du Père oblat, datée du 20 octobre 2016 :

 

« Monsieur le Maire,

À titre de Supérieur de la Communauté des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, j’ai essayé à plusieurs reprises d’entrer en contact avec vous au sujet de l’avenir du Centre Durocher, une mission à laquelle nous avons consacré le meilleur de nous-mêmes pendant des années au bénéfice d’une population qui, avec le temps, s’est identifiée à l’esprit des lieux. Je vous ai même invité à deux reprises à une rencontre de la dernière chance au cours de laquelle nous aurions pu facilement convenir des conditions favorisant la réalisation aussi bien du prolongement du Centre Durocher en une Maison de la Culture que de la construction de logements sociaux sans avoir à détruire le Centre.

À ce jour, je n’ai eu aucune réaction de votre part. Je m’en inquiète et je m’en désole. Je ne comprends pas pourquoi vous refusez obstinément d’échanger avec nous sur une solution gagnant/gagnant. D’autant moins que, dans le contrat de cession de 1979 par lequel ma Communauté cédait l’édifice et le lieu à une corporation sans but lucratif, il est écrit en toutes lettres, dans les articles 6 et 9e, que la nouvelle corporation s’engage à maintenir “dans les lieux cédés” la vocation communautaire du Centre. Les circonstances m’obligent à vous rappeler que la Ville de Québec était, par vos prédécesseurs, et est encore en vertu du principe de la continuité de l’État, partie à ce contrat.

Le temps presse, Monsieur Labeaume. On m’informe qu’on a commencé la démolition du bâtiment, ce qui signifie pour nous la démolition d’une œuvre dont nous espérions pouvoir assurer la pérennité par le truchement de la Maison de la Culture. Ce geste est regrettable et condamnable et il m’oblige à questionner la bonne volonté des parties. J’ai peine à croire que, ce faisant, la Corporation et Action Habitation pourraient agir ainsi dans l’illégalité. Notre projet qui n’exclut pas le vôtre ne ferait pourtant que commencer à rétablir un équilibre entre les ressources et les équipements dont disposent les différents quartiers de la Ville en faveur d’un quartier que toutes les données disponibles définissent comme sous-équipé.

Je ne comprends pas pourquoi vous refusez à ces gens un équipement sociocommunautaire digne de ce nom et comparable à ceux dont sont dotés les autres quartiers de Québec. D’autant moins que ce geste constituerait à n’en pas douter la pierre angulaire de la revitalisation de ce quartier et de sa mise à niveau par rapport aux autres.

Le temps presse, Monsieur le Maire, mais je crois encore que si tous les organismes concernés y mettent un brin de bonne volonté, il n’est pas trop tard. Je vous en conjure, suspendez le permis de démolition et acceptez de me recevoir privément pour que nous convenions des conditions permettant la réalisation des deux projets. À mon sens, elles sont à portée de la main. Conscient que nos charges et nos responsabilités respectives surchargent nos agendas, j’apprécierais que ce rendez-vous ait lieu le plus tôt possible.

Je continue d’espérer que la Communauté ne sera pas obligée de recourir à des moyens plus lourds, plus onéreux et moins conviviaux pour nous assurer que la Ville et la Corporation respectent la lettre et l’esprit de conditions de cession convenues par vos prédécesseurs.

Recevez, Monsieur le Maire, l’assurance de mon entière collaboration. »

Père Luc Tardif, o.m.i. Supérieur provincial

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