Un marché public dans Saint-Sauveur, c’est ce que demandent les jeunes

Publié le 21 juin 2013

vegetables-1695843_1280Depuis janvier dernier, sept jeunes résidants engagés s’activent pour l’aménagement d’un marché public.

Le collectif Fardoche veut développer un marché de proximité dans le quartier et bien plus.

– Michaël Lachance

À l’heure où les gens veulent savoir ce qu’il mange et encourager la production locale, cette initiative est la bienvenue.  Un des membres du collectif, Renaud Sanscartier définit ainsi le projet : « l’idée n’est pas d’aménager dans le quartier un marché public avec structure permanente. Nous voulons plutôt occuper un terrain tous les samedis matin, de la fin juin à la mi-octobre, et fournir à des producteurs locaux des kiosques pour la vente de produits alimentaires ».  Le projet a déjà l’aval de plus de 10 organismes établis dans le quartier, comme l’École Sacré-Coeur, le Comité de citoyens et des citoyennes du quartier Saint-Sauveur, le Conseil de quartier Saint-Sauveur et le Centre Durocher.  De même, la conseillère du quartier Saint-Sauveur, Madame Geneviève Hamelin, a déjà donné son appui au projet.  Le projet est à l’étude et doit être avalisé par la Ville d’ici la fin du mois de juin.

Là où il y a écueil, c’est au sujet d’un règlement municipal qui interdit la vente de produits dans des espaces publics. Devrait-on interdire toutes ventes de garage un exercice ancré dans la culture de toutes les villes Nord-Américaine ?  Qui plus est, nos fonctionnaires municipaux font-ils du zèle lorsque les enfants vendent des limonades sur les trottoirs lors de journées caniculaires ?  Dommage que la vente de denrées alimentaires sur la place publique soient encore problématique à Québec.

Le Marché du Vieux-Port

Le projet pourrait rencontrer d’autres obstacles, selon Renaud Sanscartier. D’une part, des gens d’affaires et des fonctionnaires municipaux évoqueront une concurrence avec le marché du Vieux-Port. Rappelons qu’en 2002, le chroniqueur urbain et ex-conseiller municipal Réjean Lemoine, qui participait à une rencontre à New York avec le regroupement Project for Public Spaces (PPS) : « la clé est que le marché soit accessible à pied ou bien desservi par le transport en commun. Ce qui n’est pas le cas du Marché du Vieux-Port (…) C’est le bordel pour y aller à pied ! » Le marché du Vieux-Port ne peut y voir une concurrence directe, pour une raison majeure : son accessibilité. Il ne va pas perdre une clientèle qui n’y a pas accès et qui ne fréquente pas l’endroit.

Il est important que le collectif Fardoche (célèbre personnage agriculteur de Passe-Partout) ait la crédibilité nécessaire aux yeux de la Ville. Les responsables municipaux, tout comme le maire, accepteront le projet dans la mesure où celui-ci est piloté par des gens responsables et organisés. Lors de notre entretien, cette question a été soulevée, Renaud Sanscartier a répondu avec assurance : « nos kiosques sont déjà presque tous réservés au moment où l’on se parle. Une des premières actions du collectif a été d’approcher des agriculteurs, des horticulteurs, éleveurs de porc bio, etc. » Nous voyons que le collectif travaille très sérieusement.

Marché public : la vitalité d’un quartier

Le promoteur du projet Renaud Sanscartier est catégorique : « l’idée principale derrière le projet n’est pas nécessairement commerciale, mais bien sociale. » En plus des kiosques aménagés sur un terrain, qui reste à confirmer, l’activité ponctuelle du marché consiste à faire se rencontrer les résidants dans une ambiance festive du type fête foraine, voire kermesse. En effet, plusieurs activités sont prévues, comme des prestations musicales, des animations, des jeux pour les enfants, etc. Comme il est écrit sur le site Internet du regroupement New-yorkais PPS : « les marchés publics peuvent contribuer à dynamiser un quartier négligé. »

En 2003, l’organisme a d’ailleurs publié les résultats d’une vaste étude qui conclut que les autorités municipales doivent investir dans les marchés publics aux rôles multiples. « Ce sont des endroits rassembleurs des communautés, des incubateurs de petites entreprises et des fournisseurs d’aliments sécuritaires ». Le collectif entend tout faire pour que cette activité ponctuelle et rassembleuse voie le jour. Ne serait-ce que pour recréer l’esprit communautaire d’antan, comme en font foi les archives de la Ville de Québec ; elles nous rappellent que le centre Durocher a été dans les années 1940, le marché public Saint-Pierre, le Carré d’Youville, le quartier Saint-Jean Baptiste et biens d’autres ont tous accueilli des marchés publics à une autre époque. D’ailleurs, il faut souligner que le quartier Saint-Jean Baptise a, lui aussi, un regroupement de citoyens engagés qui désirent fonder un marché public du samedi.

La promesse du maire

Le maire a fait la promesse de travailler à retenir des jeunes à Québec et a proposé un plan de développement économique visant à solutionner leur exode. Le maire, en entretien avec Pierre-André Normandin, du quotidien Le Soleil, a exprimé le souhait de rajeunir Québec : « Prenant en exemple le départ de sa fille ainée pour Montréal, Régis Labeaume souhaite faire de Québec une ville attrayante pour les jeunes ».  Donc, rappelons-lui ses engagements et, surtout, soulignons qu’une ville attrayante est une ville dynamique, c’est-à-dire, une ville où il fait bon vivre ensemble, une ville au diapason des préoccupations sociales actuelles des jeunes : l’environnement, la responsabilité sociale des entreprises, une économie verte, du jardinage urbain, l’efficacité des transports en commun et tutti quanti.

Le développement économique est une chose, mais le développement d’une ville doit se conjuguer avec les valeurs de la jeunesse. Un marché public, voilà une piste de solution pour contrer l’exode des jeunes vers d’autres destinations. Un parc invitant, de la verdure, des édifices construits avec un souci architectural audacieux, artistique et vert, des aires de déplacement sans voiture, des activités culturelles séduisantes, bref, tout cela participe assurément plus à retenir la jeunesse au centre-ville que 12 édifices à condos et 7 parcs technologiques…

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