Innovitam: un projet du maire?

Par Andréann Poirier
Publié le 16 septembre 2022
Le garage municipal de Maizerets construit en 1929.  Photo: DDP

Le projet Innovitam, qui a pour but de transformer le quartier Maizerets de Limoilou en une zone d’innovation technologique, fait désormais partie des priorités de l’administration Marchand. Nous l’avons appris dernièrement, à l’aube des prochaines élections provinciales qui auront lieu le 3 octobre, lorsque le maire de la Ville s’est adressé aux partis en lice pour former le prochain gouvernement. C’est en leur faisant part de ses demandes prioritaires de financement dont le montant total s’élève à 507 M$ qu’il a révélé ce qui, jusque là, s’est tramé presque secrètement. Sur ce que l’équipe du successeur de Régis Labeaume réclame, 75 M$ sera alloué au projet de développement de la zone d’innovation dans le secteur du littoral-Est. Plusieurs s’étonnent de voir que 15% des investissements requis pour l’avenir de notre ville aille à un projet dont les contenus sont peu connu des citoyens.

À la suite de ces demandes, Jackie Smith de Transition Québec, n’a pas manqué de réagir. La cheffe du parti d’opposition à l’hôtel de ville déplore cette pression soudaine que fait le maire pour le développement de la zone prévue par Innovitam alors que les consultations publiques prévues en novembre n’ont même pas encore démarrées. « Comment les citoyens et les citoyennes peuvent-ils avoir confiance dans le processus de consultation pendant que leur maire milite déjà pour le projet qu’il a choisi? » dit-elle dans son communiqué.

En effet, il y a tout lieu de s’interroger, voire de s’insurger contre une administration qui fait ainsi fi du processus démocratique, d’autant qu’Innovitam a déjà fait l’objet d’une demande de moratoire en mai 2021 faute de transparence. Marie-Hélène Deshaies, de la Table citoyenne du Littoral-Est, appuie la réaction de Jackie Smith à l’égard de la demande du maire.

La table citoyenne, l’organisme communautaire qu’elle préside, a été invité à siéger et à participer à un comité crée officiellement par la Ville au printemps 2022, la « Table des acteurs » regroupe plusieurs autres organismes communautaires, dont le conseil de quartier de Maizerets. Cette « Table des acteurs » a été mandatée pour œuvrer à la planification du secteur Maizerets, en amont des consultations prévues plus tard cet automne.

Ainsi, Marie-Hélène Deshaies déplore l’injustice, le parti pris pour Innovitam que prend publiquement le maire avant que les consultations n’aient eu lieu. Par ailleurs, la table citoyenne milite activement depuis des années pour une gouvernance partagée dans ce dossier. Elle travaille également à défendre l’intérêt des résidents de Limoilou d’abord et avant tout. Parmi ses six propositions, l’organisme défend le projet de convertir le garage municipal, l’un des bâtiments-clés de la zone d’innovation, en un centre social autogéré par et pour la population. Malheureusement, Innovitam veut plutôt s’emparer de ce terrain pour le céder à des startups et des intérêts étrangers.

Tout n’est pas perdu

C’est d’ailleurs sur cet espoir que la Table se raccroche. Pour l’instant, aucun des quinze terrains n’a encore été vendu. Tant que le garage demeure propriété de la Ville, le combat n’est pas perdu.

En attendant plus de renseignements sur le développement de cette affaire, demeurons vigilants. Les conseillers et les gens d’affaires vont de plus en plus présenter ce projet d’envergure, qui représente des milliards d’investissements et touche l’équivalent de 80 terrains de football dans le secteur Maizerets, le plus vaguement possible à la population, en l’associant à des thèmes aussi vides de sens que racoleurs tels que celui de santé durable, de technologie propre urbaine ou encore de « mobilité intelligente du transport ».

En misant ainsi sur l’euphémisme à outrance, tout en profitant de l’immense flou relié à la complexité des plus grands enjeux que soulève le projet, comme celui du capitalisme de surveillance, les partisans de la vision économique dominante comptent réussir à sacrifier des terrains viables appartenant à la communauté au profit de startups privées et d’autres compagnies dédiées à la technologie. Ces entreprises construiront des centres de collectes et d’analyses de données qui changeront radicalement la face du territoire. Au programme : des caméras de surveillance installées partout dans les espaces publics, la construction de nouvelles usines et d’unités d’habitation pour le profit d’entreprises privées. Tout cela, sans rencontrer de véritable opposition? Mobilisons-nous.

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