Cherche local désespérement

Par Francine Bordeleau
Publié le 19 février 2020
Manifestation à Québec, le 7 mai 2016 pour sauver la clinique SABSA.
Photo: Gilles Simard

La spéculation immobilière a aussi des effets sur les organismes sans but lucratif installés dans le centre-ville. La clinique SABSA en est un exemple probant.

Mise sur pied en 2011 à l’intention des populations les plus vulnérables en matière d’accès au système de santé, la clinique SABSA (pour Services à bas seuil d’accessibilité) a, depuis, gagné largement ses lettres de noblesse. Au point, par exemple, d’avoir la confiance de l’ex-députée de Taschereau Agnès Maltais, qui agit à titre de présidente du conseil d’administration de la Fondation SABSA, une instance créée en 2018 dans le but de récolter des fonds.

La Fondation peut compter avec l’appui de donateurs et de partenaires, alors que la clinique est reconnue et soutenue financièrement par le CIUSSSCN (Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale). Les services (de première ligne) sont pour l’essentiel dispensés par des infirmières qui, au besoin, orienteront les usagers et usagères vers des médecins. « SABSA a démontré que des infirmières praticiennes peuvent s’occuper efficacement de certains problèmes de santé », dit la coordonnatrice Amélie Bédard.

Compte tenu de la population visée celle de la basse- ville, SABSA, située à la jonction des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur, par surcroît à côté de la pharmacie qui est aussi propriétaire de la bâtisse, occupe une position stratégique. Mais dans un espace malheureusement devenu trop petit car, malheureusement derechef, la clientèle de la clinique n’a cessé d’augmenter. Même que dans la salle d’attente, tout le monde ne peut pas toujours s’asseoir. C’est dire!

Déménagement nécessaire… et trop cher

SABSA est aujourd’hui semblable à ces locataires de longue date obligés, parce que leur situation a changé, de trouver un autre logis. Or dans le cas de la clinique, la relocalisation, nécessaire, ne peut être, pour d’évidentes raisons d’accessibilité, que dans le centre de la basse-ville.

Là où se trouvent en majorité des personnes fragilisées. Et là où elle est, Amélie Bédard le constate. « Problèmes de santé mentale, toxicomanie, hépatite C… : le monde est magané. »

Or au cours des dernières années, la basse-ville s’est revitalisée, ensuite embourgeoisée (« gentrifiée », comme disent d’aucuns), puis les spéculateurs immobiliers ont flairé la bonne affaire, de sorte que pour l’heure, les extrêmes y cohabitent. Et les loyers explosent!

Résultat des courses : une pression financière supplémentaire sur les organismes communautaires. Une pression dont SABSA se passerait bien.

Nous sommes dans une ère où les services de santé eux aussi se « gentrifient ». Mais oui! Un exemple des plus patents : si on peut consulter un médecin sans rendez-vous, il faut néanmoins, en règle générale, téléphoner ou courriéler à l’aube… pour prendre rendez-vous!

Ce n’est pas une difficulté pour, peut-être, 85 ou 90 % de la population de Québec, toutes conditions et tous âges confondus. Mais les autres? « Les personnes qui viennent chez nous sont celles qui tombent dans les craques du système de santé, et elles sont nombreuses », estime Mme Bédard. Dès 1994, la clinique SABSA était qualifiée de « projet innovant » en matière de services de santé.

Plein d’autres initiatives issues du communautaire sont utiles, et efficientes. Elles le seraient d’autant plus si elles ne devaient pas composer avec des frais locatifs qui ont pour effet d’entraver leur vocation.

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