Moins de béton, plus de beauté

Par Nathalie Côté
Publié le 4 décembre 2018

Le recueil de textes «Québec, ville dépressionniste», paraissait en ‡‡2008 dans la foulée des activités du Ž‡‡400e de Québec. Le brûlot jouissif à souhait tirait sur tout : la gentri“cation de Saint-Roch, la muséification du Vieux-Québec « vidé de ses habitants », les laideurs du boulevard Hamel, la démolition du quartier chinois pour y faire passer des bretelles d’autoroute qui entrent dans un mur (démolies depuis), l’anonymat du campus de l’Université Laval, les fêtes de la Saint-Jean et un festival d’été de moins en moins festif, sinon tout à fait ennuyant, etc., etc. !

La conspiration dépressionniste, collectif d’auteurs, créait un néologisme pour décrire les effets démoralisants du développement urbain des dernières décennies avec son béton, ses centres d’achats, ses fast-foods et autres autoroutes. Tel que l’écrit l’auteure Nancy Huston, citée dans le chapitre « Poétique du boulevard Hamel » : « Comment faisons-nous pour croire que cette hideur ne déteindra pas sur nous ? »

Ayant épuisé les exemplaires, Moult édition vient de rééditer le bouquin avec, en prime, quatre nouveaux textes, dont un article sur les radio-poubelles, un texte sur l’ère Labaume, tous deux signés par Simon-Pierre Beaudet (Fuck le monde, 2016) et une conclusion par l’auteur français Jean-Pierre Garnier qui ajoute son grain de sel en soulignant que l’aménagement « dépressionniste » n’est pas propre à Québec. Cela se produit dans toutes les villes où les pouvoirs public et business « marchent main dans la main », rappelle-t-il. À lire ou à relire donc, ce recueil ultra-critique. Ne dit-on pas : « Qui aime bien châtie bien ? »

Québec, une ville ennuyante ?

Jasmin Miville-Allard rappelle que Gilles Lamontage a réussi, pendant les douze ans de son pouvoir de 1965 à 1977, « la destruction spectaculaire de sa ville. » Il raconte, en même temps, l’histoire du XXe siècle de la ville de Québec; c’est l’époque de la construction du Complexe G. Après un constat lourd des démolitions des années 1960 et de la construction du réseau autoroutier qui entoure, il rappelle que ces destructions et ces constructions ont brisé Québec de l’intérieur; elles ont fractionné la ville. L’auteur constate que ce développement n’a fait que répondre à un seul impératif : celui du développement économique. « Le maire Lamontage a contribué à faire de Québec la ville la plus laide d’Amérique du Nord et ses successeurs, la plus plate », écrit-il. La critique va ici à l’encontre du discours dominant.

Jasmin Miville-Allard dénonce l’idéologie du progrès qui règne depuis : « Québec n’a fait au XXe siècle que pourrir la vie à la spontanéité et à la poésie, et cela a toutes les chances de se poursuivre si on en croit la tendance actuelle ». Il conclut sur ces mots : « Il ne saurait y avoir de véritablement de ville, de vie, sans une valorisation sans borne des gens qui y habitent. »

Le 3e lien, le Phare et les Terres des Sœurs…

Trois projets, qu’on pourrait assurément qualifier de «dépressionnistes», pendent actuellement comme un «bulldozeur de Damoclès»  au-dessus de Québec, pour reprendre l’expression de Jasmin Miville-Allard.

La construction d’un troisième lien entre Québec et Lévis, le bétonnage des Terres des Sœurs de la Charité et la construction du Phare, sont ainsi pertinemment dénoncés sous la plume de Simon-Pierre Beaudet dans son texte sur l’ère Labeaume.

Rappelant l’idéologie affairiste du pouvoir municipal actuel, il écrit : « L’urbanisme de promoteur qui cède le développement de la ville à ceux qui veulent faire des affaires, s’est particulièrement bien illustré, dans la dernière décennie, par la figure de Michel Dallaire. Le Groupe Dallaire se vante d’avoir des projets à la hauteur de 3 milliards de dollars dans la région — Rive-Sud incluse. Parmi ceux-ci, le « Phare », un ensemble d’immeubles de 65 et 45 étages situés près des ponts de Sainte-Foy, un secteur déjà congestionné par le trafic automobile où le zonage ne permet pas plus de 30 étages. Un autre est celui du terrain des Sœurs de la Charité, deux kilomètres carrés de terres agricoles dans le secteur de Beauport, les derniers en milieu urbain, sur lesquelles on veut construire 6 500 habitations. Les deux projets posent d’importants défis urbains et semblent aller contre le bon sens, mais le Groupe Dallaire peut compter sur l’appui enthousiaste du maire, prêt à changer le zonage et à combattre leurs détracteurs. »

Avec ces articles sur l’actualité ajoutés, ce recueil de textes permet de mettre en perspective les défis actuels auxquels font face les citoyens et des citoyennes de Québec. Et on sait que la collusion actuelle entre le pouvoir municipal et les promoteurs ne date pas d’hier.

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