Pourquoi un troisième lien ne doit pas voir le jour

Par Marie-Hélène Boucher
Publié le 24 octobre 2018
Course de traîneau sur le fleuve St-Laurent à Québec, huile sur toile, 1852, Cornélius Krieghoff (1815-1872).

Un troisième lien n’est pas la solution à la congestion routière et ne fera que repousser ce problème de deux ou trois ans. Ce phénomène, le trafic induit, a été étudié par de nombreux chercheurs dont Todd Litman et Roberto Cervero.

Todd Litman a même recensé des dizaines d’études sur ce sujet. L’ajout de routes entraîne une augmentation de l’utilisation de l’automobile en raison de l’augmentation de la capacité du réseau routier. Lorsque qu’ils disposent de plus de voies routières, les gens vont aussi effectuer des déplacements plus longs et plus fréquents que ce qu’ils se seraient habituellement permis.

Cependant, la construction d’un troisième lien qui relierait Lévis à Québec par l’est de Lévis comme semble vouloir mettre en place la Coalition avenir Québec (CAQ) est encore plus absurde, car les trois quarts des gens qui se déplacent de Lévis vers Québec se rendent à l’ouest de l’autoroute Laurentienne, soit à l’ouest des ponts selon la plus récente étude origine/destination du Ministère des Transports. De plus, la construction d’un troisième lien pourrait nuire à l’amélioration du réseau de transports collectifs comme le projet de tramway qui est censé voir le jour dans les années à venir puisque le coût du projet de troisième lien s’élèverait à quatre milliards de dollars. Paul Lewis, professeur d’urbanisme à l’Université de Montréal, affirme que l’existence d’un réseau routier plus étendu ne contribue pas à l’utilisation des transports en commun même lorsqu’il y a augmentation de l’offre de ce type de transport.

Selon les données de Statistique Canada sur la mobilité, le réseau de transport collectif présente des lacunes importantes en comparaison à celui développé par d’autres villes d’importance comparable à Québec. Québec est une des villes au Canada où l’écart entre le temps de déplacement moyen en voiture (21 minutes) et en autobus (35 minutes) est le plus élevé. Un réseau de transport en commun efficace serait la solution aux problèmes de circulation et la demande pour l’utilisation des transports collectifs existe comme en témoigne la saturation de ce service par les utilisateurs surtout à Québec. Cependant, selon Statistique Canada, le temps pour se rendre au travail est moindre dans la région de Québec (22,4 minutes) que dans toutes les autres agglomérations de taille comparable ou supérieure au Canada. Alors il n’existe pas de problèmes de circulation si alarmant.

Il apparait également de plus en plus urgent de se tourner davantage vers des modes de transport moins polluants, car le GIEC vient de publier un rapport inquiétant. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat est le principal organisme international ayant pour mission d’étudier les changements climatiques. Selon organisme, cet organisme, d’ici 2030, la température aura déjà augmenté de 1,5°C par rapport à celle d’avant la révolution industrielle, et d’ici 2100, il faut s’attendre à une élévation de 3°C. Cela peut sembler peu, mais c’est en réalité beaucoup. Il s’agit d’un réchauffement encore plus rapide que ce qu’avait initialement estimé les scientifiques. Selon ce rapport, pour que les êtres humains ainsi que les espèces animales et végétales ne subissent pas des conséquences trop dramatiques, il faudrait que le réchauffement ne dépasse pas 1,5°C ce qui dans les circonstances actuelles va demander des efforts considérables.

Selon Dominique Bourg et Gérald Hess (2010), et le rapport du GIEC, une augmentation de 2°C rendrait les océans plus acides ce qui mettrait en danger de nombreuses espèces marines. Les canicules, pénuries d’eau et évènements climatiques extrêmes seraient plus intenses partout. La plupart des glaciers achèveraient de fondre et les rendements agricoles connaîtraient une baisse à la surface du globe.

Toujours selon Bourg et Hess (2010) ainsi que les scientifiques de plusieurs universités ayant participé à la réalisation d’une étude en août 2018 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNA), si la température atteint 3°C ou plus d’augmentation par rapport à l’ère préindustrielle, l’Arctique et l’Antarctique pourraient se couvrir de forêts progressivement, et la forêt amazonienne ainsi que de nombreuses zones boisées disparaîtraient en relâchant dans l’atmosphère les énormes quantités de dioxyde de carbone et de méthane qu’elles stockaient. Cela entraînerait une réaction en chaîne qui ferait grimper sans cesse la température au fur et à mesure de la destruction des végétaux et de la fonte du permafrost. Les famines se généraliseraient et les zones habitables seraient plus réduites.

Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, quant à lui, affirme que le secteur des transports est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre (GES) au Québec avec 40 % des émissions, et sur ce total, la moitié de ces émanations provient des véhicules légers. Il est pertinent de se demander si le projet de troisième lien doit voir le jour, car il signifierait une augmentation de la pollution atmosphérique. Il y aura justement une manifestation contre ce projet à Québec le 10 novembre prochain.

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