Pour une démocratie participative

Publié le 3 février 2017

Par Marie-Hélène Boucher

Les élus des municipalités favorisent souvent les intérêts des classes plus favorisées, car souvent eux-mêmes appartiennent à ce milieu. Ils ne tiennent pas compte de la volonté du peuple. À Québec, l’affaire concernant le Centre Durocher qui opposait les citoyens au maire Régis Labeaume est la preuve de cette dernière affirmation. Ce dernier agit comme si sa volonté était celle du peuple, sans tenir compte véritablement de ce que celui-ci pense. De nombreuses personnes s’opposaient à la démolition de cette bâtisse à vocation communautaire, ayant une valeur historique indéniable, mais le maire a préféré laisser le champ libre aux entrepreneurs privés qui ont démoli ce centre pour construire des appartements à cet emplacement.

Pour un budget participatif

Les gens ont perdu d’une certaine façon confiance au système politique actuel. Instaurer une démocratie participative au niveau municipal pourrait représenter une solution à ce problème. Ce type de régime politique signifie que les citoyens ne sont pas seulement consultés, comme le permettent présentement les Conseils de quartier, leur voix aurait véritablement un impact sur les décisions des élus. L’exemple le plus marquant aujourd’hui de ce type de mesure c’est les nombreux projets de budget participatif qui fleurissent un peu partout dans le monde.

Ces derniers permettent aux citoyens de se prononcer sur la répartition des fonds d’une partie du budget de leur municipalité ainsi que sur les projets instaurés à ce niveau. Présentement, 1000 villes dans le monde, dont 150 en Europe, y compris Montréal avec l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, ont implanté de tels projets. Par contre, l’exemple le plus connu et le plus analysé par les spécialistes est sans contredit celui de Porto Alegre, au Brésil.

Réduire les inégalités sociales

Tous ces cas tendent à prouver, comme le soutient dans son livre Luc Rabouin, auteur et directeur général du Centre d’écologie urbaine de Montréal ainsi que membre du Groupe de travail sur la démocratie municipale et la citoyenneté, que le budget participatif permet une réduction des inégalités sociales et entraîne une participation importante des groupes dont la voix n’est habituellement pas prise en compte (les personnes à faible revenu, les femmes et les gens moins scolarisés).

Ce type de mesure politique amène de façon générale les gens à vraiment chercher à s’impliquer politiquement étant donné que ces derniers ont véritablement espoir que leurs actions politiques auront une incidence. Les budgets participatifs permettent aussi la prise de décision favorisant davantage le bien commun et la justice sociale. De plus, ils permettent de réduire sensiblement la corruption, qui est souvent un fléau au niveau municipal, en permettant davantage de transparence institutionnelle. Si de nombreuses municipalités, qui souvent, comme dans le cas de Porto Alegre, ne présentaient pas une situation financière enviable, ont réussi à implanter avec succès de tels projets, il est donc sûrement possible de faire pareil ici.

Néanmoins, monsieur Rabouin insiste sur le fait que la Ville pour instaurer un tel projet a le devoir d’informer le public pour lui permettre de saisir le fonctionnement du processus du budget participatif et de mettre des experts à la disposition de celui-ci afin d’être en mesure de réaliser adéquatement certains projets qui peuvent présenter des aspects plus techniques ou qui requièrent des informations précises. La démocratie participative pourrait ainsi, selon lui, facilement être complémentaire à la représentative qui prévaut actuellement, comme tendent à le démontrer les exemples des villes ayant instauré des projets de budget participatif. Par contre, pour instaurer ce type de mesure, l’exemple de Porto Alegre tend à prouver qu’il faut un mouvement social fort et un parti politique qui appuie la mise en place de cette initiative.

Une carence à Québec

Par mouvement social fort, il faut entendre un important soutien de syndicats ou d’organismes communautaires comme à Porto Alegre pour l’instauration de ce projet. Cet aspect est manquant, selon monsieur Rabouin, ici à Québec pour pouvoir mettre en place un processus de budget participatif. Les organismes communautaires et les syndicats devraient se faire une priorité d’informer et de mobiliser le public sur cet enjeu, car il est susceptible d’être une solution à certains problèmes sociaux contre lesquels ces organismes luttent ou de servir les causes que ceux-ci défendent. Par contre, selon Luc Rabouin, la mise en place de pratiques de consultation de la population par les élus sur certains enjeux peut constituer une première étape pour rompre avec une gestion plus autoritaire des municipalités, comme tend à prouver l’exemple de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal.

Conseils de quartier

À Québec, les Conseils de quartier jouent ce rôle, et ce, depuis 1993. Par contre, comme à Porto Alegre, l’appui d’un parti politique à un projet de budget participatif peut avoir une incidence significative pour la mise en place de celui-ci. Les prochaines élections municipales à Québec auront lieu en 2017. Donc, peut-être, il y aurait une possibilité de convaincre un parti politique opposé au maire Labeaume de prendre en considération cette forme de démocratie participative.

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