Les CPE : À propos des consultations en éducation

Publié le 5 décembre 2016

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Par Geneviève Lévesque

Le ministère de l’Éducation a lancé une série de consultations publiques sur la réussite éducative « dans le but de poser les bases de la première politique en matière de réussite éducative ». Le ministère propose d’agir en éducation selon trois axes : agir sur les élèves afin de permettre «l’atteinte [de leur] plein potentiel», fournir un milieu propice et soutenir les intervenants et les parents.

 

La réussite éducative commence avant l’école

Le document de consultation souligne la nécessité de « considérer les années qui précèdent l’entrée à l’école ». En effet, passer sa petite enfance à la maison, en garderie en milieu familial, en garderie privée ou au CPE a un impact différent sur les enfants qui arrivent à l’école avec un bagage plus ou moins éducatif derrière eux.

Le Ministère, dans ses propositions, considère tous les services de garde sur un pied d’égalité. Pourtant, les trois quarts de plaintes sur des milieux de garde concernent des garderies privées, et les garderies privées en milieu familial ne sont l’objet d’aucune vérification de qualité et ne nécessitent aucun permis pour entrer en opération. De plus, les services de garde en milieu familial sous la supervision de Bureaux coordonnateurs sont loin de bénéficier de ressources satisfaisantes en termes de formation, de suivi et de supervision.

Les CPE, une ressource éducative d’importance

Le Regroupement des CPE, qui rassemble la majorité des CPE de Québec et des environs, s’est demandé si on tiendrait compte de la situation des CPE comme réseau spécialisé en éducation à la petite enfance.

Il n’existe actuellement encore aucun réseau éducatif à la petite enfance attitré au ministère de l’Éducation. Les CPE font partie non pas de ce ministère mais de celui de la Famille, ce qui fait qu’un quiproquo se perpétue. Services de gardes et services éducatifs à la petite enfance semblent s’équivaloir. Chacun se réclame de la qualité, mais chacun n’a manifestement pas les mêmes critères pour identifier et mesurer cette qualité.

Une commission indépendante

Pour faire le point sur la situation des services de garde, l’Association Québécoise des Centres de la petite enfance a mandaté une commission indépendante chapeautée par l’Institut du Nouveau Monde pour mener une Commission sur l’éducation à la petite enfance. Celle-ci vient de terminer sa tournée de consultation dans 14 villes pour rencontrer des groupes et organismes et y tenir des forums citoyens.

Tous les milieux de garde, autant sans but lucratif que privés, ont eu le droit de parole pendant cette tournée qui a été webdiffusée sur le site de la Commission. La préoccupation devant le sous-financement des services de garde éducatifs est généralisée. La situation actuelle, dans la majorité des CPE et même dans plusieurs garderies privées, c’est que les fonds manquent gravement, tandis que les garderies privées à 45 $ par jour, qui bénéficient de financement gouvernemental par le biais de déductions d’impôts, sont pour la plupart des entreprises très rentables.

La rentabilité sociale, paradoxalement, se situe plutôt du côté des CPE qui font économiser au gouvernement, grâce à la prévention et à l’éducation, huit dollars par dollar investi. « Le réseau des CPE a encore à s’améliorer, et nous sommes prêtes à travailler là-dessus, nous le faisons déjà, tous les jours. Mais il nous faut un financement adéquat. » Ainsi se formule le message des intervenantes du milieu des CPE que nous avons rencontrées au cours de toutes ces consultations.

Et l’essentiel, en fin de compte, c’est « que tous les enfants puissent avoir accès à des services éducatifs de qualité», explique une participante au forum citoyen de Québec, Audrey Santerre-Crête, maman, directrice de la Joujouthèque Basse-Ville, et militante au sein des Parents mobilisés pour les CPE. Le réseau des CPE propose la structure la mieux adaptée à fournir une éducation de qualité aux enfants de 0 à 5 ans, selon ce groupe qui a participé à la Commission à Lévis, le 9 novembre dernier.

Le développement durable en éducation

Si l’éducation fait l’objet de consultations cet automne, le ministère n’a manifesté aucune intention d’augmenter significativement le financement aux services de garde éducatifs et aux écoles. Plus encore: l’austérité est une vieille affaire et la résistance de l’État au changement social aussi. Devant une telle réalité, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la portée réelle des consultations sur la réussite éducative.

Dans ce contexte, qui plus est, la réussite scolaire ne risque-t-elle pas de servir l’entrepreneuriat privé, avec des valeurs de performance, de compétition et d’individualisme, au lieu de contribuer au développement social durable ? S’assurer que ce soit l’enfant qui profite de sa réussite scolaire, et qu’il en fasse profiter la collectivité, et éviter que la privatisation des ressources s’applique aussi dans ce domaine, est la première étape pour réussir réellement en éducation.

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