Super-héros à la rescousse des CPE

Publié le 27 octobre 2016
cpe-moyenne
PHOTO – Marie-Josée Marcotte

Par Genevìève Lévesque

Une centaine d’enfants déguisés en super-héros, accompagnés de leurs parents, se sont rassemblés le 16 octobre sur le parvis de l’église Saint-Jean-Baptiste pour venir à la rescousse des CPE. L’événement organisé par le groupe Parents mobilisés pour les CPE – Ville de Québec a réuni des parents et des enfants de quatre CPE différents, en plus de parents d’enfants fréquentant des garderies privées.

« Ma plus jeune ne va pas en CPE », explique Annie-Pierre Bélanger, maman-étudiante et coordonnatrice de l’Association des Parents Étudiant ou Travaillant à l’Université Laval (l’APÉTUL). « Nous n’avons pas trouvé de place dans un CPE proche de chez nous et elle est dans une garderie privée. Mes trois plus grandes sont allées en CPE ou en milieu familial géré par un bureau coordonnateur. Je suis pour les CPE », ajoute-t-elle en marchant avec trois de ses filles au milieu de la manifestation.

Cinq discours de parents ont ponctué la marche. Autant de bonnes raisons de soutenir le réseau des CPE : les origines populaires et la gestion démocratique des CPE, leur impact sur la lutte contre la pauvreté, l’importance de l’éducation à la petite enfance, l’accessibilité et l’universalité des services éducatifs ainsi que le lien des CPE avec la condition des femmes.

Au départ, les garderies populaires sont nées de la volonté de parents de mettre sur pied des garderies dans leurs quartiers. Les subventions temporaires du gouvernement fédéral, qui leur servent à démarrer et à faire fonctionner leurs garderies, cessent 3 ans après leur instauration. C’est alors que la lutte commence, une lutte populaire de longue haleine à laquelle le gouvernement répond de façon adéquate seulement 20 ans plus tard, au moment de la création des Centre de la Petite Enfance en 1997. Depuis, les CPE se construisent. Les parents, instigateurs de ce projet depuis le début, continuent à y prendre une part d’importance par la place que certains occupent dans le Conseil d’administration de leur CPE respectif.

Manque de place

Même au sommet de leur fonctionnement en 2003, les CPE manquent cruellement de places. La grande majorité des enfants québécois se voient refuser l’accès à ce service essentiel à la petite enfance. Et pourtant, celui-ci a été fondé précisément selon des principes d’égalité et d’accessibilité…

La contribution réduite (les CPE à 5 $ lors de leur création) permet une égalité d’éducation pour tous, donc une accessibilité égale à tous les services, quel que soit le niveau socio-économique de la famille. Cet accès universel aux services éducatifs à la petite enfance fournit des résultats non négligeables, selon les économistes Pierre Fortin et Luc Godbout. Eux qui ne sont pourtant pas réputés pour être à gauche sont obligés de conclure à la rentabilité évidente des CPE pour le Québec. Selon eux, il y a moins de familles monoparentales sous le seuil de la pauvreté et plus de femmes sur le marché du travail grâce aux services éducatifs à contribution réduite.

Des services éducatifs

Les CPE ne sont pas uniquement des garderies. Ils sont bel et bien des services éducatifs. Le dépistage précoce des troubles et l’expertise dont les éducatrices font preuve pour les corriger permet aux enfants qui fréquentent les CPE d’arriver à l’école avec de meilleures chances de réussite. Les consultations actuelles sur la réussite éducative doivent s’arrêter à cette réalité : la réussite éducative ne se fait pas uniquement à l’école, elle commence en fait beaucoup plus tôt.

Le salaire d’une éducatrice de CPE commence à seulement 17 $ l’heure et plafonne à 23 $ l’heure. Ce qui n’est déjà pas suffisant considérant l’importance et l’intensité de leur travail. Et quand on sait que le salaire des gardiennes, en garderie privée, commence à 15 $ l’heure, on se rend compte que les conditions de travail dans les CPE, aussi minimales soient-elles, jouent quand même un rôle politique, du point de vue de la reconnaissance du travail des femmes et de sa juste rétribution.

« Dans la lutte contre la pauvreté, les CPE sont nos alliés! Dans la lutte pour l’égalité, les CPE sont nos alliés! Nos éducatrices travaillent fort, vous devriez aller voir ! » Les slogans que scandaient les militants en descendant la rue Saint-Jean dimanche étaient clairs. Les CPE jouent un rôle clé dans l’éducation de la société de demain, ils forgent une prochaine génération plus solide, et contribuent à l’égalité sociale. Les enfants et les Parents mobilisés pour les CPE ont livré leur message sans équivoque : nous tenons à nos CPE et nous allons être entendus.

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