La mobilisation en faveur du Marché du Vieux-Port continue

Publié le 16 juin 2016
Au Marché du Vieux-Port. Photo: Marc Boutin
Au Marché du Vieux-Port.
Photo: Marc Boutin

Par Nicole Moreau

En tant que citoyenne de la ville de Québec, j’ai assisté, le 17 mai, à l’événement organisé en faveur du maintien du Marché du Vieux-Port dans son emplacement. Celui-ci s’est tenu lors d’un « 5 à 7 » au bistro Le Véravin de la rue Saint-Paul. Il réunissait plus d’une centaine de personnes dont un bon nombre de commerçants, des représentants de bureaux de professionnels et, bien sûr, des citoyens du quartier même et des quartiers environnants.

Des condos au Bassin Louise

Cette rencontre a permis d’aborder bien des questions au sujet du Marché du Vieux- Port et de la décision du maire Labeaume de le déménager à Expo Cité, ce qui mènerait à la fin de ses opérations actuelles. Il faut également souligner que ce déménagement peut être vu en lien étroit avec le projet du Port de Québec de favoriser un développement immobilier au Bassin Louise. On se rappellera que celui-ci comporte aussi bien un hôtel que des condos de luxe, ce qui limitera, voire éliminera, la possibilité d’accès au fleuve pour la baignade.

Un très Grand Marché

Les gens se demandent comment une telle décision a pu être prise et sur quelle base elle l’a été. Un commerçant a évoqué le fait que le «Grand Marché » rêvé par monsieur Labeaume sera de très grande dimension, 100 000 pieds carrés, pour une agglomération qui compte environ 500 000 personnes, alors que le marché public de Toronto a une superficie de 45 000 pieds carrés pour une population dix fois plus importante que celle de Québec.

Ce n’est pas sans soulever la question de l’étude de marché visant à cerner l’ampleur de ce « Grand Marché ». Si on compare avec le marché Jean-Talon, un des plus connus de Montréal, où il y a entre 50 et 60 kiosques qui fonctionnent en même temps, alors que ce nombre est estimé à 100 kiosques pour le Grand Marché prévu, ça soulève aussi la question de la clientèle et des producteurs devant fournir à la demande de cette organisation.

La question du prix demandé aux gens qui loueront des kiosques est aussi primordiale. Quand on pense que dans des halles, ça tourne autour de 60 $ le pied carré, se trouver au Grand Marché pourrait coûter cher aux producteurs, ce qui les amènerait à fixer le prix de leurs produits en conséquence.

Impacts sur les petits commerçants et les touristes

Personne ne pense que les touristes, fort nombreux au Marché du Vieux-Port présentement, suivront et se rendront à ce Grand Marché, diminuant d’autant sérieusement le chiffre d’affaires réalisé. Plusieurs s’interrogent en conséquence sur la viabilité même de ce projet. Quels seraient les impacts de ce « Grand Marché » sur les commerçants établis à proximité ? Cette question est d’autant plus pertinente que ce Grand Marché sera constitué grâce à des fonds publics, puisque c’est d’abord un projet de la Ville de Québec utilisant des taxes de tous les citoyens de Québec pour l’établir.

Certains soulèvent la question de la concurrence déloyale à l’égard des commerçants dans les environs du Grand Marché qui n’auront pas profité d’avantages similaires. Certains rappellent que les commerces de proximité, très importants pour la qualité de vie de tous les citoyens, ont souvent une santé financière fragile, la perte d’une partie de leur clientèle, même minime, entre 5 et 10 %, pouvant en amener plusieurs à fermer leurs portes. Est-ce que tous, aussi bien les commerçants du Marché du Vieux-Port déménagés au «Grand Marché» que les commerçants des quartiers voisins, n’y seraient pas perdants ?

Quels choix en matière d’aménagement ?

Les personnes se questionnent également sur les choix de la Ville en matière d’aménagement. On rappelle que, dans la plupart des autres villes évoquées, les marchés publics se retrouvent dans un centre-ville, comme l’est le Marché du Vieux-Port à l’heure actuelle. On se questionne aussi sur l’avenir du quartier et on se demande si la fermeture du Marché du Vieux-Port n’accélérera pas la déperdition de la population dans ce quartier, alors que la Table de concertation du Vieux-Québec estime opportun, selon le communiqué du 17 mai, de se fixer un objectif d’accroître d’ici 2021, donc d’ici 5 ans, la population du Vieux-Québec de 500 résidants permanents.

Où est la cohérence de la Ville qui élimine, d’une part, d’importants services de proximité et qui, d’autre part, veut accroître la population du quartier ? À croire que tout le discours sur l’importance du développement durable, sur la lutte aux changements climatiques, sur la question du contrôle des gaz à effets de serre avait échappé à la Ville qui semble favoriser un urbanisme encore basé, dans ce cas, sur l’accès à des services grâce à l’automobile, alors que le marché public devrait être accessible plus facilement par d’autres moyens dont le vélo – les pistes cyclables de Québec convergent toutes vers le Bassin Louise, ce réseau pourra être profondément transformé si le projet du Port se concrétisait.

Enfin, les personnes présentes estiment inéquitable que dans cette opération, un quartier perde des atouts importants pour que ceux-ci migrent vers un autre quartier. Est-ce que des procédures pourraient être initiées à l’encontre de cette décision de la Ville ? Cette hypothèse est rapidement évoquée. Retour sur le climat de peur à Québec Le climat de peur à Québec a été souligné à plusieurs reprises pendant la rencontre; il faudrait comprendre que pour les personnes présentes, la responsabilité d’un élu, c’est d’écouter la diversité des points de vue et d’essayer de concilier le tout dans le respect des individus. Toutes les personnes présentes y sont parce qu’elles ont la ville de Québec à cœur.

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