SABSA, une vraie clinique de quartier

Publié le 12 mai 2016
Manifestation à Québec, le 7 mai dernier pour sauver la clinique SABSA. Photo: Gilles Simard
Manifestation à Québec, le 7 mai dernier pour sauver la clinique SABSA.
Photo: Gilles Simard

Par Élisabeth Germain

Aujourd’hui, je marche pour la clinique SABSA. Je marche et j’affirme que cette clinique doit rester. Elle a été ouverte précisément pour offrir des soins à des personnes que le système de santé ne rejoint pas, des personnes exclues atteintes d’hépatite C. Elle accueille ces personnes et ne s’en tient pas à l’hépatite, mais s’intéresse à tous leurs besoins de santé.

Quand le ministre Gaétan Barrette dit qu’il ne veut pas de système parallèle, que la clinique n’a qu’à s’intégrer dans le CLSC, il énonce sérieusement une grosse niaiserie. Les gens qui ne vont pas dans les services ordinaires n’iront plus à SABSA si celle-ci est engloutie dans le CLSC.

Le ministre de la santé ne sait pas de quoi il parle. Ou plutôt, il ne sait parler que de ce qu’il contrôle. Je marche pour que nous prenions du pouvoir sur nos services de santé, en dépit du ministre. Je marche pour que nos services de santé se dégagent du joug médical. Un autre monde est possible ici aussi.Les infirmières praticiennes sont en mesure de donner les soins de première ligne de façon compétente, humaine, conviviale.

Elles permettent aux gens de se réapproprier du pouvoir sur leur santé, dans leur vie, en se connectant avec l’ensemble des besoins au lieu de traiter seulement une hépatite ou une otite : elles prennent le temps de soigner les personnes.

Je marche pour rendre visible cette façon alternative de faire face aux problématiques de santé. Au lieu de forcer le monde à s’en aller de plus en plus loin dans des institutions de plus en plus grosses et anonymes, on se rapproche des personnes et on les soigne dans leur milieu de vie, là où elles ne sont pas dépaysées et peuvent agir. L’autonomie et la prise en charge de sa propre vie sont reconnues comme des facteurs majeurs de guérison ou de rétablissement.

Une citoyenneté agissante

Je marche parce que j’ai le coeur dans le communautaire et que SABSA est une coopérative de solidarité. Quand les personnes qui soignent, celles qui viennent chercher les soins et celles qui soutiennent financièrement font partie de la même entité, les dynamiques sont bien différentes. Ça crée des connexions, des égalités, des projets partagés. Ça donne des idées de démocratie, de prise de parole, de citoyenneté agissante.

Ça revitalise des quartiers plus sûrement que des 12 étages de condos de promoteur. Je marche parce que je suis féministe et que cette façon de remettre le pouvoir aux gens dans leur vie est ancrée dans le féminisme. Parce que le féminisme permet de voir à l’oeuvre, dans cette histoire, les dynamiques de pouvoir entre une hiérarchie patriarcale traditionnelle et une participation nouvelle des femmes pour transformer un système social.

« Sauvons SABSA ! » « Barrette, barre-toi ! »

Je marche parce que je suis en colère contre ce gouvernement qui ne veut rien savoir de la population. Il détruit les lieux de concertation, il méprise les initiatives citoyennes, il affaiblit les services publics, il se fiche éperdument de ce qu’on lui dit. Pendant que Couillard rit dans sa barbe, Barrette reconfigure impitoyablement le système de santé comme s’il s’agissait de son royaume.

Dimanche, le 8 mai, à l’appel de la Coopérative SABSA, nous avons marché, sous la pluie, déterminé.es, criant haut et fort « SABSA ! SABSA ! ». Parmi nous, des membres de SABSA, des militant.es de longue date des quartiers centraux, mais aussi des citoyen.nes qui manifestaient pour la première fois. Leur témoignage était toujours le même : il faut sauver SABSA, cette clinique infirmière originale qui a fait ses preuves; il faut lutter pour SABSA, contre ce ministre qui veut imposer sa vision unique et mégalomane du système de santé.

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