La police au Conseil de quartier de Saint-Roch: un exercice de relations publiques

Publié le 15 décembre 2014

73597810Par Lynda Forgues

Le 27 novembre 2014, au conseil de Quartier Saint-Roch, il y avait une visite assez rare. Non, ce n’était pas l’ineffable conseillère Chantal Gilbert qui, oui, brillait par son absence, c’était plutôt deux officiers du SPVQ, en uniforme et avec leur arme de service, qui venaient, accompagnés de la directrice des relations avec les citoyens pour l’arrondissement, rencontrer les citoyen-nes.

Il semble qu’à la suite d’un appel d’une résidante qui se targuait d’habiter le « Nouvo Saint-Roch » et se plaignait de graffitis, en réclamant plus de présence policière dans le quartier, le Conseil de Quartier aurait proposé cette rencontre entre des gens qui n’ont pas l’habitude de se parler: la police et les citoyen-nes.

La commandante, le capitaine et le Power Point

La commandante Suzanne Drolet et son adjoint, le capitaine David Filion, ont généreusement et largement expliqué quel était leur rôle et leur travail au sein du corps policier, qu’ils font la gestion des policiers sur le terrain et reçoivent les plaintes et les demandes des citoyens qui leur parviennent par les éluEs.

Ils ont dressé un portrait du quartier Saint- Roch, en ce qui concerne la délinquance et les accidents routiers. Ils ont beaucoup parlé de sécurité routière. Au bout de quinze minutes, on avait vraiment l’impression que le travail principal de la police à Québec consiste à faire la circulation.

Un accident parmi tant d’autres

On n’est pas parvenu à connaitre quel pourcentage d’accidents touchaient des piétons et des cyclistes, plutôt que des automobiles. Pour le SPVQ, un accident est un accident, que ce soit un rétroviseur arraché, ou un cycliste écrasé. Dans ce portrait de toute la Ville, Saint- Sauveur arrivait en troisième, et Saint- Roch en cinquième, car les coins les plus accidentés sont les… stationnements de centres commerciaux !

Des accrochages à la criminalité, on nous explique, toujours graphiques à l’appui, qu’il n’y a pas de hausse du crime en dix ans, et qu’on y discerne même une baisse sensible dans Saint-Roch, toutes catégories confondues.

La judiciarisation des marginaux

Un citoyen présent a demandé : « Pourquoi la police communautaire a-t-elle été abolie ? » Il n’a pas obtenu de réponse claire : « On ne le sait pas, ça marchait bien, les gens aimaient ça, mais ça n’existe plus depuis 5 ou 6 ans. »

Une femme de l’assemblée a questionné les officiers au sujet de la judiciarisation des marginaux, et du profilage qu’exercent les patrouilleurs du quartier, toujours les mêmes; ils ont un secteur assigné, comme ont expliqué les officiers. Elle a raconté quelques expériences personnelles et celles de ses amis, à ce sujet, et elle a parlé de la façon irrespectueuse qu’ont les agents de traiter les gens.

Les policiers affirment pourtant que le travail de police ce serait 80% de travail social et 20% d’application des règlements, qu’ils font des visites dans les HLM et qu’ils sont impliqués dans le programme IMPAC avec les itinérants.

Les organismes communautaires avaient réclamé, pendant des décennies de judiciarisation, un tel programme, et maintenant la police s’avance avec fierté en disant qu’ils y participent, depuis 1 an. De l’autre côté, les policiers continuent de fortement taxer, par l’émission de contraventions, tous les marginaux qu’ils peuvent rencontrer sur le terrain.

Pourquoi est-ce que la police tutoie?

Un homme a demandé, citant le code de déontologie que la police n’applique pas toujours, pourquoi les patrouilleurs tutoient les gens, les insultent, s’adressent à eux de manière dégradante; il a dit : « si moi on me traite de crotté, que dit-on à d’autres gens moins privilégiés quand on les interpelle ? »

Le capitaine a répondu à ça, cavalièrement : « vous vous faites arrêter combien de fois dans une année ? » Et c’est alors que des intervenantes, représentant une démarche citoyenne, ont lu à l’assemblée une déclaration devant être remise aux forces policières.

Ce fut un moment bouleversant. Alors que tous les petits graphiques en couleur sur les accidents ne différenciaient même pas les gens des automobiles, alors qu’on nous avait abreuvés de statistiques à l’effet que le travail policier dans le quartier semblait n’être au final que de la circulation routière et du travail social auprès des itinérants et des vieux perdus, ce plaidoyer très clair et mesuré en faveur d’un vivre ensemble plus juste venait nous réveiller brusquement.

Le quotidien dans le quartier

La réalité dans le quartier Saint-Roch, ce qui se vit au quotidien, ce sont des agents de police qui agissent comme bon leur semble, qui échappent à tout contrôle, qui savent qu’ils peuvent le faire impunément, car autant leur chef syndical, que leur grand patron, autant le maire de la ville et le chef de l’opposition sont, tous autant qu’ils sont, en admiration pour la manière de faire policière, quoiqu’il arrive.

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