Les jeudis jam de Sherpa : l’inclusion sociale par la musique

Publié le 10 mai 2014
Les jeudis jam de l’espace-galerie Sherpa, à Québec, sont devenus des incontournables. À droite, Marc Boilard, médiateur culturel et Pierre Frappier (guitare blanche) en pleine action. PHOTO ALEXANDRE DESMARD
Les jeudis jam de l’espace-galerie Sherpa, à Québec, sont devenus des incontournables. À droite, Marc Boilard, médiateur culturel et Pierre Frappier (guitare blanche) en pleine action. PHOTO ALEXANDRE DESMARD

Par Gilles Simard

À tous les jeudis soirs, depuis quelques mois, l’espace-galerie Sherpa1, à Québec, est le théâtre d’un joyeux tohu-bohu musical avec au premier plan les guitares qui miaulent, les cymbales qui vibrent, les mains et les pieds qui battent la mesure et en retrait, les tambours et les djembés qui résonnent à contre-temps. Les notes de clavier s’envolent, les micros tressaillent, les voix s’entremêlent, les amplis grinchent et voilà que ça commence à cracher fort pour le prochain riff. C’est le jam du jeudi soir dans toute sa splendeur !

Est-ce le fait d’avoir accès gratuitement aux rutilants instruments, de pouvoir fraterniser avec pareil à soi sans être jugé ou est-ce tout simplement le caractère universel et festif de la musique ? Toujours est-il qu’en plus d’être devenus des événements incontournables et très couru en Basse-ville, les jeudis jam de Sherpa s’avèrent de formidables portes d’entrée vers l’inclusion sociale pour des gens considérés jusque-là comme asociaux, multi poqués, voire irrécupérables. « Du monde, dira un intervenant, que l’on s’était habitué à voir mendier aux portes de l’Intermarché et qu’on aurait eu bien du mal à imaginer en musiciens habiles et inspirés. »

Un musicien, pas un schizophrène

Marc Boilard, médiateur culturel et principal initiateur du projet, se dit plus qu’enchanté du résultat. « Peu importe leur provenance sociale et leurs problèmes, les gens arrivent ici la colonne droite, assure- t-il. Ce qui les attire, c’est d’abord et avant tout la musique, le jam. Quand ils franchissent la porte, ce qu’ils voient, c’est quelqu’un qui joue de la guit, ou qui fait un solo de drum. Pas un TPL, un bipolaire ou un schizophrène. Et, la beauté de la chose, c’est qu’on ne sait pas qui est qui, c’est tout mêlé. Tout le monde trippe, tout le monde swingue. Les intervenant-es, le monde du bloc Sherpa, les gens du coin, les amis, les ami-es des ami-es. C’est ça la mixité sociale, de conclure l’homme. C’est ça le rétablissement par la citoyenneté. »

Développer des aptitudes et des intérêts

Ici, M. Boilard enchaîne en parlant du côté « social » auquel l’événement oblige les participant-es. « Le fait est, dit-il, que de jouer avec d’autres personnes que tu ne connais pas, ça oblige à développer des habiletés relationnelles. Ça provoque de vraies discussions de vie. Le gars joue trop fort? Trop vite? Pas assez ? Il doit s’ajuster. Et c’est pas toujours facile. Des fois, c’est le caractère et l’humeur qui en prennent pour leur rhume. Mais, on essaie d’intervenir le moins possible. Les gens sont assez grands pour régler leurs problèmes. » Et il s’empresse d’ajouter que certaines personnes ont progressé pour le mieux. Elles ont évolué vers autre chose de beaucoup plus complexe. « Des gens qui se contentaient au début de venir ici pour socialiser et jouer leur toune, voudraient maintenant participer à des ateliers de composition et d’écriture de musique. D’autres, qui participaient plus ou moins, au début, voudraient maintenant partir un house band. C’est vraiment encourageant de voir ça. »

De serveur à médiateur culturel

Monsieur Boilard, qui travaille aussi à temps partiel comme serveur à la Taverne Belley, devient intarissable quand on lui demande de parler de son job à Sherpa. « En fait, dit-il, je n’avais pas de formation spécifique dans ce domaine, alors, en plus d’une formation à Sherbrooke, j’ai dû apprendre un peu sur le tas. En gros, résume l’homme qui accomplit ce boulot depuis quelque deux ans, mon objectif c’est de ramener les gens dans leur zone de plaisir. Puis, si ça clique, on va aller vers quelque chose de plus complexe. On va aider la personne à se mettre en réseau et on va travailler d’avantage certains aspects de sa réinsertion sociale. Aussi, je dois solliciter des producteurs, trouver des entrées gratuites, tâter toutes sortes de possibilités pour bien faire le pont entre les gens de Pech et le milieu. » Jusqu’à maintenant, Marc Boilard dit avoir accompagné plus de cent cinquante personnes, et ce, dans toutes sortes d’endroits aussi inusités que variés. Des endroits telles les différentes salles de spectacle de la Hauteville, les musées, les cinémas, l’opéra, les lieux de plein-air, les Salons particuliers (Auto, Chasse et pêche, etc.), les manifestations sportives. N’empêche, sa créature, son bébé, son préféré, ça demeure le jam du jeudi. D’ailleurs, il faut voir la lueur dans ses yeux quand on le lui rappelle. « Ça, dit-il, c’est vraiment particulier. C’est parti d’une demande d’enregistrement au studio l’Ampli, puis, on s’est dit, pourquoi on ne se procurerait pas des instruments pour jouer chez-nous, à l’espace-galerie Sherpa ? Et depuis, rigole Marc Boilard, ça ne dérougit pas. Ça opère de tous bords, tous côtés. Et on espère bien que ça va rester comme ça encore longtemps. » À entendre les nombreux commentaires enthousiastes, lors de notre passage en coulisses dans l’espace-galerie, il semble bien que ce sera le cas !

 

1- Sherpa: Outre ses fonctions résidentielles à caractère de mixité sociale, cet audacieux projet issu de l’organisme Pech (Programme d’encadrement clinique et d’hébergement), à Québec, offre des activités en lien avec le rétablissement pour des gens vivant des troubles de santé mentale. Les

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicité