Place Royale : Un projet louis-quatorzien bloqué en 1685

Publié le 13 novembre 2012

Par Marc Grignon

En 1685, les actions menées par les marchands de la Basse-ville pour bloquer un projet d’architecture qui aurait  sectionné la place du Marché (aujourd’hui place Royale) peuvent étonner. Mais leurs démarches, qui sont remontées  jusqu’à Louis XIV, ont effectivement réussi, de sorte qu’encore aujourd’hui, la place Royale communique  directement avec la rue Notre-Dame.

Grâce à une concession du Gouverneur de La Barre, en janvier 1685, l’architecte-entrepreneur Claude Baillif dit  Renault obtenait du roi un terrain prélevé sur la place du Marché pour y construire un immeuble qui en occuperait  tout un côté. L’église Notre-Dame-des-Victoires n’existait pas encore et l’implantation du projet est connue par un document des archives coloniales à Aix-en-Provence, redessiné ici pour le clarifier. Le bâtiment projeté est assez intéressant car, avec ses arcades et son passage voûté, il ressemble un peu à la place Royale de Paris  (Place des Vosges) que Baillif connaissait probablement.

La réalisation du projet rencontre ses premières difficultés quand Baillif commence à mesurer la place. Les marchands se sont rapidement mobilisés pour s’opposer à la transformation et, à l’automne 1685, plusieurs documents sur le sujet sont envoyés au roi. C’était la façon habituelle de faire: les demandes adressées au roi étaient  expédiées à l’automne et on attendait les réponses au printemps suivant. Parmi ces documents, un rapport de l’ingénieur Villeneuve appuie subtilement le projet de Baillif. Ce rapport sur la « Place de Québec » ne mentionne l’immeuble que de manière évasive. Il parle de « la place où le Sieur Renault architecte prétend bastir et faire des porches de neuf pieds de profondeur, et un passage à porte cochère, pour communiquer de la rue Notre-Dame à la place ». Les marchands, quant à eux, expriment leur désaccord dans une série de documents rassemblés sous le titre Mémoire pour les bourgeois habitant la Basse-ville de Québec, et soutiennent qu’aucune partie de la place du marché ne peut être concédée à un individu particulier.

Le jugement de Louis XIV (31 mai 1686) appuie le projet: « Sa Majesté a confirmé la dite concession et en  conséquence a accordé et fait don au dit Bailly de la dite place ». Mais, reconnaissant qu’il n’était pas totalement  familier avec la situation, le roi charge son nouvel intendant, Jean Bochart de Champigny, d’évaluer la question  sur  les lieux et de juger s’il doit remettre ou non le «Brevet » royal à Baillif.

Il est clair que Champigny s’est rendu aux arguments des opposants, car le brevet a été retourné au roi avec une note expliquant que le marché était trop petit pour être subdivisé. Mais son idée originale était probablement  différente, car c’est lui qui a fait installer sur la place une statue du Roi Soleil qu’il avait apportée dans ses bagages.  La statue, comme on le sait, a été remisée au Palais de l’Intendant quelques années plus tard, laissant finalement intacte la place du marché (ce n’est qu’au XXe siècle que le buste actuel est installé à place Royale).

 

Édition de novembre 2012 – Le blues du centre-ville

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