Drame de Saint-Romain: briser le cercle vicieux!

Publié le 13 octobre 2012

saint-romainPar Gilles Simard

Comme ex-psychiatrisé, mais aussi à titre de père et d’intervenant dans une ressource en santé mentale, le drame de St Romain – eh oui, encore! – m’aura profondément interpellé, voire même vivement choqué. Le fait est qu’on ne s’habitue pas à ce genre de tragédie mortelle. Même vu de loin, c’est comme un long cri déchirant qui sourd de l’intérieur, comme un monstrueux chancre qui explose et nous éclabousse en pleine face.

Et, le plus navrant, parce qu’on n’a pas les ressources suffisantes en matière d’urgences et de crises, et parce qu’on n’arrive pas à assurer des suivis adéquats dans la communauté, le pire, c’est que quelqu’un, tantôt, va à nouveau se faufiler au travers des mailles du filet et bang! Ça va recommencer.

Ce sera d’abord le choc, puis la stupeur, la consternation et l’indignation collective… Avec encore la même réprobation des uns et le même discours répressif des autres, sans oublier les mêmes images choc et sanglantes des journaux sensationnalistes et les mêmes aboiements outrés des radios poubelles.

Un tsunami médiatique intéressé, s’entend, qui, en plus de contribuer à la stigmatisation des gens souffrant d’une maladie mentale – eh oui, encore! – fera tout, sauf ramener les victimes à la vie et faciliter une possible  réhabilitation des gens présumés ou trouvés coupables.

Quoi faire pour briser le cercle vicieux ?!  D’abord cesser de penser que des lois plus répressives et un retour-à-l’institution endigueraient le mal tout en assurant plus de protection aux citoyens. Rien n’est plus faux et  l’expérience, tant chez le voisin états-unien qu’ailleurs en Europe, l’a amplement démontré. De plus, quoi qu’en disent les Boisvenu de ce monde, maladie mentale n’équivaut pas automatiquement à dangerosité sociale, peu s’en faut.

Cela dit, contrairement à son prédécesseur en matière de Santé, il va falloir que le nouveau ministre Hébert fasse preuve d’ouverture et d’audace en faisant siennes les recommandations de beaucoup d’acteurs du milieu, soit de renforcer la première ligne en créant tous les points de services nécessaires en matière d’urgences et de crises. Des centres un peu à l’image de ceux déjà existant, et qui constituent l’un des plus beaux fleurons d’un secteur malheureusement trop peu reconnu, le secteur communautaire.

De même, outre d’assurer un meilleur suivi dans la communauté et d’offrir un plus large soutien aux familles, l’on devra ouvrir de nouveaux fronts sur la fameuse question de la co-morbidité. Qu’on se le dise, ils sont des  milliers, au Québec, – comme Pascal Morin de St Romain – à souffrir de cette multi problématique (maladie mentale et toxicomanie) aux effets aussi dévastateurs que déroutants.

Finalement, tant pour bien asseoir le dernier Plan d’action en santé mentale que pour donner un peu de chair à cette nouvelle philosophie du établissement dont on aime bien se gargariser, le ministre Hébert devra asseoir  tout  le monde à la même table. Et les obliger à parler le même langage. Actuellement le travail se fait en silo et la communication n’existe pas vraiment.

Psychiatres, directeurs d’hôpitaux et de CSSS, travailleurs sociaux, infirmières, intervenants divers, on a l’impression que tout le monde tire chacun de son côté et que l’un détricote ce que l’autre fait. Vivement un  grand ménage, et surtout, qu’on accorde les pianos aux violons!

Ailleurs, à Québec…

Autrement, j’ai eu le bonheur de visiter deux endroits, fin septembre, où se tenaient des événements artistiques tout aussi riches et pertinents l’un que l’autre : d’abord la salle Marie Renouard de l’IUSM (Robert-Giffard) où  étaient exposées les œuvres des participant-es de l’exposition Vincent et moi, ensuite, le sympathique Studio P, au centre-ville de Québec, où était projeté le film documentaire des frères Seaborn Pas de piquerie dans mon quartier. Un film percutant que celui-là, qui ne fait pas de quartier (!) et qui offre un regard sans complaisance et sans trop de bons sentiments sur le monde glauque à souhait des utilisateurs de drogues injectables. Un film, aussi, qui tout en donnant la parole aux acteurs du milieu – animateurs de rue, toxicos hommes et femmes, intervenants du milieu – ne laisse planer aucune ambiguïté quant à son principal message, soit la création, à Québec, d’un site d’injection supervisé (SIS). Quant à l’exposition Vincent et moi, qui comprenait quelque 70 œuvres provenant de 38 artistes différents, j’en ai fait le tour avec l’artiste et accompagnateur Jean Lapointe. Grâce à ce dernier, j’ai pu en savoir un peu plus sur les nombreuses réalisations, peintures à l’huile, acryliques, pastels, dessins et sculptures réparties ici et là dans la grande salle. Finalement, comme à chacune de mes précédentes visites, j’ai été ravi par la beauté criante, l’authenticité, voire la charmante naïveté de certaines œuvres. Vivement la treizième édition!

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Le « drame » de St-Romain (Mégantic) fait référence au triple meurtre d’une grand-mère de 72 ans,  Ginette Roy-Morin, et de ses deux petites-filles, Laurence et Juliette Filion, respectivement âgées de 11 et 8 ans. L’accusé dans cette affaire était Pascal Morin, 35 ans, fils de la dame et oncle des fillettes, que la cour vient de trouver criminellement non responsable, étant donné son état psychotique au moment où la tragédie est survenue, en février dernier. Monsieur Morin répondait à un diagnostic de schizophrénie paranoïde, en plus d’éprouver de sérieux problèmes de consommation de drogues.

 

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