Promenons-nous dans le bois

Par Francine Bordeleau
Publié le 26 avril 2022
Andrée A. Michaud, Proies, Éditions Québec Amérique Montréal, 2022, 337 pages

Trois jeunes de 16 ans, amis d’enfance, vont camper dans la forêt située tout près de leur village. Il y aura du sang.

« Vous fabulez, les filles, on n’est pas dans Deliverance. » Alexandre Demers (Alex), Judith Lavoie ( Jude) et Abigail Lemaire (Abe) étaient un jour tombés sur le DVD de ce film fameux de John Boorman, dans lequel quatre hommes d’affaires partis kayaker sur une rivière tumultueuse des Appalaches sont sauvagement agressés par des villageois tarés. Or les trois amis n’ont pas sitôt établi leur campement, à proximité de la rivière Brûlée, là où pourtant « aucune tragédie ne s’était jamais produite », qu’ils se sentent épiés. Et de fait, un loup rôde dans les bois. Un loup armé d’une carabine et par trop heureux d’avoir trouvé du bon gibier…

Pendant ce temps, la foire agricole annuelle de Rivière-Brûlée bat son plein. C’est la fête au village. Un village avec rien que du bon monde? Ça reste à voir. Certains habitants sont infréquentables : trop d’alcool et pas assez de cervelle. Des fous qui sont le mal, et comme l’a appris Abe dans les récits d’horreur, « le mal peut s’insinuer partout ».

Climat anxiogène

Entrée en littérature avec La Femme de Sath (Québec Amérique, 1987), Andrée A. Michaud signe, avec Proies, son treizième roman. S’est affirmée, au fil de cette œuvre qui commence à être considérable, une façon absolument singulière d’aborder le genre policier. Il serait d’ailleurs plus juste de parler de mélange de genres, et Proies ne fait pas exception, qui emprunte certes au polar mais beaucoup, aussi, au drame psychologique. L’identité du loup ne reste pas longtemps cachée, et il est dit d’entrée de jeu que ce mardi 18 août, jour 1 du roman, inaugure « une année de deuil et de stupéfaction ». L’essentiel du récit est moins consacré à l’enquête sur la tragédie annoncée (enquête qu’on pourra du reste trouver un tantinet mollassonne) qu’à l’exploration des sentiments et états d’âme des protagonistes, bons et méchants mêlés.

Oui, le mal peut s’insinuer partout, comme l’avait subodoré la pauvre Abe devenue, avec ses deux amis, l’héroïne d’un funeste récit d’horreur. En cours de lecture, on a tendance à oublier que le trio s’était aventuré à seulement une petite dizaine de kilomètres du village, dans un coin de nature paradisiaque que les villageois, histoire de s’évader un peu, avait fait leur. Tout à coup la forêt n’est plus fraîche ni accueillante, elle est étouffante et inextricable, on s’y perd et on y erre, déboussolé et aveugle. C’est là une autre des forces d’Andrée A. Michaud, que de savoir créer des atmosphères étouffantes ou étranges.

Ils étaient trois Petit Poucet partis camper à la mi-août. Se sont perdus dans la forêt et y ont rencontré le loup. C’est durant la soirée de l’Halloween que ce conte noir connaîtra en partie son dénouement. Tomberont les masques, tomberont les morts. Mais rien ne délivrera du mal.

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