Qui est la multinationale derrière l’augmentation de la norme sur le nickel ?

Par Sophie Lavoie
Publié le 17 février 2022
Manif contre l’augmentation des taux de nickel, le 5 février à Québec. Photo: Stuart W. Edwards

Quelques semaines après l’annonce par le gouvernement de la CAQ de l’augmentation de la norme sur le nickel dans Limoilou, les conseils de quartiers et les citoyens de la basse-ville de Québec se sont largement mobilisés pour préserver leur qualité de l’air déjà largement saturé. Je propose ici d’ajouter un élément important concernant l’enjeu de l’augmentation de la norme sur le nickel. En effet, les mouvements environnementalistes et citoyens doivent inclure dans leurs luttes un aspect primordial à la problématisation : identifier l’ennemi. Cet ennemi se nomme Glencore.

Glencore, ou comment le business as usual n’a rien à foutre de votre santé

François Bourque a déjà commencé le travail, un mois plus tôt dans Le Soleil, alors qu’il expliquait en quelque lignes le voyage du nickel de la mine Raglan au Nunavut, vers la ville de Québec, puis vers Sudbury et encore Québec, pour finalement échouer en Norvège où le nickel est transformé en minerai de haute qualité et expédié partout dans le monde. Tentons d’aller plus loin et de découvrir qui est cette compagnie, pratiquement présente dans toutes les étapes de la chaîne de production mondiale. En effet, si vous conduisez une voiture, mangez des pois chiches ou détenez un téléphone cellulaire, vous avez été en contact avec des ressources appartenant à Glencore.

Fondée en 1974, Glencore extrait et transporte des métaux à travers le monde selon les lois du marché. Elle distribue les métaux aux endroits où ils sont en demande. Glencore est aussi largement impliquée en marketing. Alors que la compagnie se vante de viser la carboneutralité d’ici des chercheurs ont analysé comment l’entreprise multinationale s’est lancée en une stigmatisation des mouvements environnementalistes depuis 2017 jusqu’à 2019. Cette campagne, nommée Ceaser Project par l’entreprise, s’est déployée sous plusieurs interventions à travers le monde et a impliqué plusieurs millions de livres sterling, selon The Guardian.

Cet argent a notamment été investi en diffusion de messages sur les réseaux sociaux, en financement de politiciens pro-extractivistes ainsi que pour la stigmatisation et la dévalorisation des mouvements environnementalistes.

Les activités internationales de Glencore : le cas de Mufulira en Zambie

Mufulira est une municipalité située en Zambie. La mine Mopani Copper est la plus importante mine de la multinationale. Elle est exploitée depuis les années 2000. Les citoyens de Limoilou et Maizerets pourront se consoler, puisque selon les habitants de Mufulira, l’air de la ville est « pire que des lames de rasoirs dans les poumons », comme le spécifie un reportage du Clock and Clouds, journal de recherche spécialisé en relations internationales. Les polluants qui sont extraits des transformations de la mine sont principalement le dioxyde de souffre.

Selon des analyses faites par des chercheurs de l’Université de Coopperbelt, la concentration de dioxyde de souffre dans l’air à Mufulira est soixante-dix fois plus élevée que celle proscrite par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Le sens éthique et moral de Glencore étant extrêmement condamnable, tout porte à croire que la multinationale est dotée de solides professionnels de relations publiques qui minimisent ses activités à travers le monde. Ou peut-être que l’entreprise, face à des communautés du tiers-monde rendu extrêmement vulnérable par la mondialisation et le colonialisme, se lave les mains de la qualité de l’air de ces populations locales. D’autres recherches inscrivent aussi la compagnie aux cotés de Apple et Nike dans le scandale du Paradise Papers.

Enfin, on peut largement questionner le gouvernement de la CAQ qui accepte que Glencore exerce ses activités sur le territoire du Québec. Bien entendu, la compagnie est inscrite au Registre des Lobbyistes du Québec depuis 2017 et a pour but depuis tout ce temps de modifier la norme sur le nickel dans l’air ambiant, comme l’a mentionné François Bourque. Bien joué Glencore, ton pari est presque gagné.

Sortir du paradigme du sacro-saint développement économique

Les résidents et résidentes de la basse-ville de Québec ne devraient pas avoir la responsabilité de se battre pour la qualité de leur air. Ce sont les représentants élus qui devraient être dans cette obligation, soit celle de représenter les intérêts et le bien-être de leurs citoyens. La pollution atmosphérique est pourtant l’enjeu de santé publique du siècle selon l’OMS.

La CAQ ne semble pas prendre la pleine mesure du problème, alors que plus de sept millions d’individus meurent à chaque année suite à des problèmes respiratoires. Le gouvernement du Québec, non-élu dans la circonscription de Taschereau et de Jean-Lesage, fait-il preuve de clientélisme en plaçant la santé des citoyens de Limoilou et Maizerets en-dessous des intérêts financiers d’une multinationale qui a largement démontré qu’elle avait une éthique douteuse ? L’avenir nous le dira, mais je vous invite à deviner la réponse.

En attendant que cette mauvaise histoire prenne fin, Droit de Parole vous invite à suivre la Table citoyenne Littoral Est sur Facebook, qui proposera d’ici peu des assemblées de cocréation au courant du mois de février et de mars, afin de combler le fossé du vertigineux manque d’imagination de nos politiciens, dans la question comment concevoir le territoire ? La ressource économique ne doit plus être une réponse.

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