Y-aurait-il un moyen de battre le camp de la droite?

Par Pierre Mouterde, sociologue, essaysiste
Publié le 1 novembre 2021
Sur la rue Saint-Vallier Ouest à Québec. Photo: DDP

Pour quiconque s’intéresse aux prochaines élections municipales de la ville de Québec, il y a de quoi à première vue, y perdre bien de ses points de repère. Car, après le départ annoncé de ce maire populiste et haut en couleurs que fut Régis Labeaume, on se trouve devant pas moins de cinq équipes en liste pour briguer le pouvoir à la mairie de Québec le 7 novembre prochain.

Il s’agit de cinq équipes dont on voit partout les affiches colorées orner sans ordre les rues de la Capitale nationale, mais qu’on peut cependant –au-delà des discours de circonstances– classer en deux grands camps clairement opposés : avec d’un côté, soit bien campée du côté de la droite affichée, l’équipe de Québec 21 de Jean-François Gosselin, soit à droite ou parfois au centre droit, l’équipe de la dauphine du maire Labeaume, Marie Josée Savard; et avec de l’autre côté, trois formations concurrentes plutôt marquées par des références ou des valeurs de gauche, s’étirant du centre\centre gauche avec l’équipe Québec fière et forte de Bruno Marchand, à la gauche modérée avec l’équipe de Démocratie Québec de Jean Rousseau et à la gauche clairement revendiquée avec l’équipe de Jackie Smith de Transition Québec.*

Certes, puisqu’il est question d’élections municipales et qu’on tend à les considérer comme « apolitiques » ou tout au moins comme ne renvoyant qu’à des enjeux locaux, on ne catégorise pas habituellement les candidats en lice de cette manière, préférant insister sur les questions concrètes qui les sépareraient : celle du 3ième lien, et au delà celle du tramway et de la mobilité durable; ou encore celle du souci de l’environnement et de la protection des terres agricoles; sans parler bien sûr de l’étalement urbain, de la densification et de l’amélioration des milieux de vie comme de luttes aux inégalités sociales ou aux discriminations systémiques.

La politique partout présente

Mais justement, c’est ce qui est révélateur de ces élections : tous ces thèmes recèlent en fait une forte dimension politique sous-jacente dont les politiciens traditionnels n’ont pas manqué de repérer tout le potentiel électoral. Il n’est que de penser à l’implication de la CAQ du Premier ministre François Legault dans le projet du 3ième lien concernant le tunnel sous-fluvial Québec/Lévis. Ou encore à ces questions récurrentes touchant au développement urbain contemporain (la place des banlieues, l’importance du développement autoroutier ou portuaire, le poids des lobbies du béton et de la construction, versus la défense de l’environnement, etc.), sur lesquelles, dans la grande région de Québec les milieux conservateurs et de droite n’ont cessé de se faire entendre et de renforcer leur présence, notamment lors des dernières élections fédérales.

Car c’est peut-être ce qu’il faut retenir dans cette affaire : dans la grande région de Québec, la droite est non seulement solidement implantée, mais semble bien placée pour l’emporter, et même gagner du terrain. Les premiers sondages relatifs aux prochaines élections municipales –aussi partiels et conjoncturels soient-ils par ailleurs– le laissent entrevoir : pour l’instant c’est l’équipe de Marie José Savard –assumant l’héritage du maire Labeaume– qui l’emporte avec 29% des voix, suivie de l’équipe de Jean-François Gosselin (le candidat des banlieues et du 3ième lien) avec 18%, alors que l’équipe de Bruno Marchand du centre gauche ne récolte que 13%. La droite donc part avec un net avantage, cumulant près de 47% des voix Et si l’on souhaite à gauche –non seulement s’affirmer comme étant de gauche– mais freiner dans les faits la montée de la droite, en finir donc par exemple avec le 3ième lien ou encore ou encore avec les infinies tergiversations autour de la nécessité d’un véritable projet de transport collectif structurant dans la région de Québec, il faut s’en donner les moyens, c’est à dire avoir une stratégie globale permettant d’établir un véritable rapport de force favorable aux idées de gauche au sein du prochain conseil municipal.

Et tout porte à croire, après le départ de Labeaume et l’inévitable période de transition qui s’en suivra, que tout ne se jouera pas autour de la seule élection du prochain maire ou de la prochaine mairesse, mais aussi autour de l’équipe de conseillers qui l’accompagnera et lui permettra de mettre ou non en application ses orientations premières. Et surtout de résister aux pressions des grands lobbies du développement économique tout azimut.

Des politiques de rapprochement ou d’alliance?

Or à l’heure actuelle, les trois candidats du camp de la gauche ou du centre se présentent en ordre dispersé sans aucune perspective stratégique commune, par conséquent sans aucune politique d’alliance annoncée, ne serait-ce qu’au niveau des conseillers à élire dans chaque district. Par exemple dans le district 3, Saint Roch Saint Sauveur, alors que le candidat de Québec forte et fière est un ancien partisan de Labeaume, s’opposent deux candidats très clairement marqués à gauche : Mbaï Hadji Mbaïrewaye de Démocratie Québec bien connu dans les milieux communautaires de la Basse-ville de Québec et Élisabeth Germain de Transition Québec, féministe chevronnée et membre reconnue de QS.

Comment dans un tel contexte, peut-on imaginer que les voix de la gauche ne risquent pas de se diviser et de permettre à des candidats plus à droite de s’imposer, affaiblissant d’autant le poids de la gauche au sein du prochain conseil municipal?

Si le surgissement sur la scène municipale d’une formation clairement marquée à gauche comme Transition Québec est assurément une bonne nouvelle, cela ne devrait pas pour autant empêcher le travail en commun ou des politiques de rapprochement, autant sur certains dossiers chauds (le 3ième lien par exemple!) que sur l’élection de conseillers de districts. Ne serait-ce pas une manière de commencer à en finir avec la fragmentation des forces de gauche, et à son incapacité notoire à freiner les avancées –si préoccupantes aujourd’hui– de la droite?

 

*Il faut noter que l’équipe Transition Québec provient d’une initiative de feu Option nationale de la région de Québec, qui a rallié depuis QS et qui utilise avec habileté toutes les techniques électorales éprouvées par QS au niveau provincial, en cherchant avant tout à construire une alternative municipale clairement campée à gauche.

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