Porto, foie gras et vieilles dentelles

Par Francine Bordeleau
Publié le 20 avril 2021
Jean Bello, Un assassin en résidence, Montréal, Éditions Québec-Amérique, 2021, 240 pages

Et pourquoi donc le grand âge devrait-il être triste? Au Jardin Desjardins, résidence pour personnes âgées autonomes jouissant d’une certaine aisance financière, la vie est plutôt agréable. Certes avec le temps, le corps accuse ses limites. Mais ici, les édentés ignorent le manger mou, et personne ne refuse un alcool fort. Mourir prématurément, à coups de tisanes et d’ennui? Non merci!

Mort prématurée il y aura néanmoins. Et mort violente, par surcroît. Mathieu Bibaud, l’infirmier de la résidence, est poignardé. Or ce Bibaud était un type assez louche. Doté d’une morale (très) élastique, il aimait l’argent et, pour en obtenir, se livrait à divers trafics. Peut-être volait-il les personnes à qui il donnait des soins. Ou pire. Et si l’une de ses victimes avait décidé de se venger?

Pendant que l’enquête suit son cours, six résidents du Jardin Desjardins s’intéressent tout particulièrement à ce crime qui s’est passé chez eux. Ces six personnages âgés de 63 à 94 ans forment un petit groupe sympathique que l’on voit évoluer sur une dizaine de jours.

Anti-misérabilisme

Jean Bello, qui lui-même n’est plus tout jeune, a voulu montrer que la vieillesse n’était pas forcément synonyme de grande décrépitude, d’isolement ou de détresse extrême. Nos amis du troisième et du quatrième âge ont bien leurs petits soucis, mais ils ne font sûrement pas pitié. La séduisante Marguerite, une alerte sexagénaire qui s’y connaît en portos, trouvera même un amoureux! Et, précisons-le, il ne s’agit pas là d’un amoureux platonique. Bien au contraire!

L’ombre d’Agatha Christie plane sur ce roman somme toute léger et divertissant. L’une des protagonistes rappelle Miss Marple, et l’intrigue policière n’est pas sans clins d’œil à Ils étaient dix (Dix petits nègres, à l’origine). De son côté Faustino, le nouvel amant de Marguerite, apparaît plutôt caricatural, avec son accent espagnol et son style quelque peu ampoulé, surtout lorsqu’il s’adresse à l’objet de sa flamme et de son désir. À force, il en devient un peu agaçant. Mais qu’importe. Qu’importe, car après une année d’histoires d’horreur en CHSLD, on n’a pas trop envie de chicaner un auteur qui met en scène des aînés pleins de vie et d’appétence, des aînés amateurs de bonne chère qui n’ont pas la chair triste. Récit dans l’air du temps mais à contre-courant, en quelque sorte, Un assassin en résidence est léger et distrayant. C’est déjà pas si mal.

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