Stratégie de sécurité routière 2020-2024: ralentir serait-il la clé?

Par Nathalie Roy
Publié le 15 février 2020
Dans le quartier Saint-Sauveur. Photo: Nathalie Roy

La Ville de Québec veut améliorer la sécurité de l’ensemble des usagers de la route sur le réseau municipal. C’est le but de sa stratégie de sécurité routière, la troisième du genre à être présentée depuis 2007. Pour trouver les meilleurs moyens de réduire le nombre de collisions avec mort ou blessures graves sur son territoire, la Ville voulait s’appuyer non seulement sur les avis de personnes expertes, mais aussi sur les connaissances des premiers intéressés : les usagers de la route eux-mêmes.

Démarche

La Ville de Québec a entrepris, en février 2018, une démarche participative à propos des orientations de la nouvelle stratégie de sécurité routière. Sondage en ligne pour connaître la perception de la population (26 février-18 mars 2018); tenue, à Québec, d’un colloque international sur la sécurité routière (13 et 14 avril 2018) et dépôt de la Stratégie de sécurité routière 2020-2024 (pour consultation publique) ont constitué les premières étapes.

S’en est suivie une consultation en ligne (7 octobre 2019-31 janvier 2020) où les personnes intéressées devaient s’exprimer sur trois thèmes : 1) ralentir; 2) être courtois; et 3) sécuriser les trajets scolaires et les routes. Parallèlement à cette consultation, la stratégie a été présentée lors de séances d’information tenues en octobre et en novembre 2019, dans les six arrondissements de Québec. Vers la fin de la démarche, quatre séances d’audition des opinions ont été tenues, les 23 et 27 janvier 2020, au cours desquelles la population était invitée à présenter des mémoires ou des commentaires sur les enjeux de la sécurité routière.

Les orientations

Dans la Stratégie de sécurité routière 2020-2024 qui fut déposée à Québec, le 7 octobre 2019, la Ville annonce ses intentions en matière de sécurité routière. Elle dit s’inspirer de la vision zéro adoptée par plusieurs États ou villes, dont la Suède, l’État de Washington, Los Angeles et Bordeaux, qui visent l’objectif de zéro décès ou blessure grave lié à une collision sur le réseau routier de leur territoire. Dans la lignée de cette vision, Québec se donne pour objectif de réduire de 50 % le nombre de collisions mortelles ou graves à survenir sur le réseau routier municipal. Elle prévoit consacrer 60 millions de dollars aux mesures prévues pour les cinq années du plan.

Pour améliorer le bilan routier, la Ville table bien sûr sur ses interventions, mais aussi sur l’engagement citoyen. Dans la stratégie, les citoyennes et les citoyens, les entreprises et les organisations de la Ville de Québec sont désignés comme les ambassadeurs de la sécurité routière. Tous sont invités à signer, sur le site Web de la Ville, un engagement par lequel ils promettront d’adapter leur comportement sur la route aux impératifs de la sécurité de tous les usagers de la route.

À l’écoute des opinions citoyennes

Droit de parole a assisté à la première séance d’audition des opinions, le 23 janvier 2020, au Club social Victoria. Face aux représentants de la Ville venus les entendre*, des citoyennes et des citoyens bien au fait des enjeux se sont exprimés, en leur nom propre ou au nom de l’organisme qu’ils représentaient. D’entrée de jeu, plusieurs se sont dits reconnaissants d’être consultés par la Ville sur un sujet qui leur tenait autant à cœur que la recherche de moyens pour assurer la sécurité des usagers les plus vulnérables du réseau routier. Ils félicitent la Ville pour son choix de maintenir le dialogue et l’échange avec les citoyens.

À cette séance, il semblait admis que la fluidité de la circulation n’était pas la priorité de la stratégie de sécurité routière. Nous ignorons si le même consensus a été observé dans toutes les séances, mais nous croyons que l’opinion inverse aurait très bien pu ressortir des débats, si les représentants des automobilistes ou des compagnies de camionnage avaient été plus nombreux à prendre la parole. Par exemple, dans les commentaires formulés en ligne sur le site de la Ville, un participant s’objecte carrément à la réduction de la limite de vitesse en affirmant que, même dans les rues résidentielles, « le maximum à 50 km/h est déjà assez lent ». Et puis, lors d’une consultation publique sur le même thème, menée en février 2017 par la Société de l’assurance automobile du Québec, la fluidité de la circulation sur la route 138 était clairement ressortie, à Baie-Comeau, comme un élément essentiel pour la sécurité routière sur la Côte-Nord!** Québec n’est pas Baie-Comeau, mais les automobilistes ressentent partout la même urgence de circuler.

Les conseils de quartier, partenaires de la Ville pour implanter la stratégie, étaient bien représentés lors des séances d’audition des opinions : en tout, onze conseils de quartier étaient inscrits à l’une des séances, pour livrer leurs commentaires. Cinq d’entre eux ont présenté leurs mémoires à la première séance : ceux du Vieux-Limoilou, de St-Roch, de Vanier, du quartier des Jésuites et du Vieux-Québec-Cap Blanc- Colline parlementaire. La Direction de la santé publique du CIUSSS de la capitale nationale a aussi présenté un mémoire. En présentant leurs mémoires, le Comité des citoyens et des citoyennes du quartier Saint-Sauveur et Accès transports viables compensaient en partie l’emphase qui était mise sur les mémoires institutionnels.

Des demandes bien fondées

Des participants ont suggéré que la Ville profite de la construction du réseau structurant de transport pour redessiner les artères afin d’y aménager des trottoirs plus larges, des terre-pleins et autres installations capables de ralentir la circulation automobile.

Pour favoriser le déplacement actif, des voies vélo doivent être aménagées. En ce sens, Accès transports viables demande à la Ville de considérer systématiquement la création de voies vélo dans les futures constructions autour du tramway et du trambus. L’organisme fait valoir l’efficacité de ces voies et les économies générées par rapport à un report de ces aménagements cyclables dans le temps.

Plusieurs personnes ont parlé des trottoirs comme équipements essentiels à la sécurité des piétons et ont demandé d’en construire sur certaines rues où ils font défaut, de réparer ceux qui sont détériorés et d’élargir ceux qui bordent les intersections. Les rues conviviales et les axes piétonniers majeurs que la Ville a annoncés sont attendus avec impatience par plusieurs personnes qui souhaitent que l’on fasse plus de place aux piétons et aux cyclistes. On a entendu que, dans le quartier Saint-Sauveur, les piétons marchent dans la rue parce que les trottoirs sont trop étroits pour y circuler.

Des intervenants ont évoqué le problème des passages piétonniers qui sont absents ou qui disparaissent sous la neige en hiver. Par exemple, il n’y a pas de passages piétonniers dans le quartier St-Jean-Baptiste et les automobilistes ne s’arrêtent pas pour laisser passer les piétons qui attendent de traverser. Afin de s’assurer que, là où il y en a, les passages piétonniers soient respectés en toute saison, on suggérait d’ajouter de la signalisation sur poteau, pour indiquer la priorité donnée aux piétons.

Dans l’optique de faire respecter les nouvelles limites de vitesse, les principales recommandations étaient d’accroître la surveillance policière et les pénalités pour excès de vitesse, de mener des campagnes de sensibilisation et de prévoir des aménagements comme les dos d’âne et les rues sinueuses pour ralentir la circulation.

La vision zéro

Considérant la vision zéro, un intervenant a reproché à la Ville de Québec sa tiédeur, déplorant qu’elle se soit contentée de s’inspirer de cette vision plutôt que de l’adopter intégralement. En appui à sa position, il affirmait, comme le fait la Stratégie, que personne ne veut perdre un proche sur la route. Les mesures encourageant la mobilité active sont gages de sécurité routière, martelait ce militant qui a formulé le vœu de voir Québec poursuivre un objectif zéro voitures. Après tout, ce sont les véhicules automobiles qui causent les accidents graves, a-t-il conclu. Un autre intervenant, parlant au nom d’Accès transports viables, a lui aussi demandé à la Ville d’adhérer clairement à la vision zéro. Cela permettrait d’éliminer les risques à la source, comme on le fait pour la sécurité en milieu de travail. Selon lui, la mise en œuvre d’une stratégie de mobilité durable serait un bon moyen d’améliorer le bilan routier.

Difficile de partager?

En présentant le mémoire de la Direction de la santé publique du CIUSSS de la Capitale nationale, une intervenante s’est interrogée à voix haute : « Pourquoi la courtoisie entre les différents usagers de la route, que l’on observe ailleurs, n’est-elle pas présente au Québec ? » et a proposé des éléments de réponse sur le difficile partage de la route entre ses usagers. Le manque de courtoisie sur les routes serait-il dû au « no fault »? Les véhicules automobiles ne sont pas les seuls usagers de la route, clamaient plusieurs intervenants. Si on ne leur enseigne pas à partager, on va entrer dans une spirale de la sécurité routière et les moyens déployés ne seront jamais assez importants pour assurer la sécurité de tous les usagers de la route.

La suite

La consultation en ligne a pris fin le 31 janvier 2020. La Ville a dans les mains un important matériel pour alimenter sa réflexion sur les moyens d’améliorer la sécurité de l’ensemble des usagers de la route sans compromettre la mobilité. Au terme de la démarche de consultation, les auteurs de la stratégie réexamineront les mesures qu’elle contient, en fonction des commentaires et des demandes exprimées. La Ville prévoit déposer sa stratégie de sécurité routière révisée au printemps 2020.

* M. Patrick Voyer, membre du comité exécutif de la Ville et responsable de la sécurité routière, M. Hervé Chapon, du Service Transport et mobilité durable de la Ville et M. Claude Lefebvre, de la Police de Québec, étaient là pour écouter les commentaires et y répondre. L’assemblée était présidée par Mme Cristina Bucica, conseillère en consultations publiques pour la Ville de Québec.

** Radio-Canada, De la fluidité sur la route 138 pour améliorer le bilan routier sur la Côte-Nord, 10 février 2017.

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