La gauche municipale doit s’unir sans quoi…

Par Marc Boutin
Publié le 14 février 2020
Démolition de l’église Saint-Coeur-de-Marie, automne 2010. Photo: Marc Boutin

La droite en mène large sur la scène municipale à Québec ce qui a un effet néfaste particulièrement sur le centre-ville. Avec l’administration Labeaume, l’ex Quartier Latin continue de se vider pour laisser toute la place à l’industrie touristique. Avant c’était l’Université Laval, l’Académie de Québec et les Ursulines qui battaient en retraite, maintenant c’est le Marché du Bassin Louise, l’Hôtel-Dieu, L’Armée du Salut, et j’en passe.

Dans le Faubourg Saint-Jean, ce sont les commerces de la rue du même nom qui déclinent en nombre, particulièrement les commerces artisans. Les taxes municipales, reliées à la localisation plutôt qu’au chiffre d’affaires, sont trop élevées et, attention, les combinards de la malbouffe vont vite venir occuper les lieux.

Quant à nos églises, on les laisse entre les mains de promoteurs qui les destinent le plus souvent à la démolition pour mettre un gratte-ciel à la place, ce que la Ville semble suivre du regard avec une certaine bienveillance. Les dernières victimes : Saint- Coeur-de-Marie et Saint- François d’Assise. Bientôt l’église Saint-Sacrement pourrait subir un sort analogue.

Autre toquade de nos deux droites municipales : l’étalement urbain.

Le tunnel Québec-Lévis (le 5e lien) va en lui-même coûter un prix de fou pour ensuite causer un étalement monstre qui va coûter plus encore. L’agglomération de Québec a déjà un réseau autoroutier surdimensionné par rapport à sa population, un des plus extensif au monde (vingt km par 100 000 habitants à Québec, la moyenne nord-américaine est de dix km pour le même nombre). Et que dire du Phare planté à dix kilomètres du centre-ville. Comme tout gratte-ciel, il sera relié à une nouvelle pléiade de banlieues-dortoirs à l’ouest de l’agglomération. Rien ne coûte plus cher à la société que l’étalement urbain (pollution, infrastructures et services à mettre en place, détérioration du voisinage agricole, etc.).

Démocratie Québec et Option capitale nationale

Devant ce spectacle macabre de la droite municipale, la gauche doit s’unir pour ouvrir la voie au changement et favoriser l’émergence d’une véritable démocratie citoyenne. Un parti municipal de gauche doit rester autonome et ne pas s’instituer en succursale d’un parti national ou fédéral si on veut que l’ensemble des citoyens se sentent à l’aise de l’appuyer. Si cette union ne se fait pas, les chances sont bonnes que l’inepte droite actuelle survive encore longtemps.

Quelques propositions de programme : la mise en place d’une première ligne de tramway doit passer avant un 5e lien, que celui-ci soit un pont ou un tunnel. Contrairement à un tunnel autoroutier, une ligne de tramway peut être construite par étapes. Or si argent il y a, il doit aller au tramway d’abord et les étapes de sa construction peuvent correspondre à l’argent disponible.

Le service d’urbanisme n’existe plus à la Ville, maintenant ce service s’appelle Aménagement du territoire. Eh bien, l’aménagement du territoire à la Ville de Québec doit se démocratiser, se décentraliser vers les quartiers, devenir directement accessible aux citoyens. Ces derniers doivent décider du zonage de leurs quartiers et les promoteurs immobiliers devront s’y soumettre. Actuellement, ce sont les promoteurs qui décident du zonage.

Et pourquoi ne pas utiliser les églises vides pour servir de cadre à la démocratie citoyenne, pour servir de lieu de rencontre aux conseils de quartier, pour accueillir des bibliothèques, des spectacles culturels et des expositions de toutes sortes ? Les églises doivent rester des espaces collectifs. Elles nous ont été léguées par nos ancêtres et n’ont pas eu à payer de taxes municipales. Privatiser une église est un acte frauduleux que le pouvoir municipal doit interdire.

Enfin, la Ville doit voir à ce que l’ex Quartier Latin (l’appellation Vieux-Québec est un anglicisme qu’on utilise pour appâter le tourisme de masse) redevienne un quartier accessible aux familles. Et à ce sujet, cerise sur le gâteau du quartier : pourquoi ne pas faire de la Citadelle un quartier résidentiel ouvert aux piétons, sans aucune circulation automobile où les enfants pourraient jouer partout en toute sécurité ?

Commentaires

  1. Bonjour M. Boutin,
    «Les églises doivent rester des espaces collectifs. Elles nous ont été léguées par nos ancêtres et n’ont pas eu à payer de taxes municipales. Privatiser une église est un acte frauduleux que le pouvoir municipal doit interdire».
    Je suis en parfait accord avec vous concernant le sort des églises et du peu d’intérêt de la ville pour ces bâtiments architecturaux d’une valeur artistique qu’on ne peut plus refaire aujourd’hui!
    Ces bâtiments, hormis le fait qu’ils s’inscrivent dans un courant religieux d’époque, sont l’œuvre collective de bâtisseurs et d’artisans du début du 20e siècle! Les céder à des requins de la finance au nom de la densification (sauvage!) qui construiront des immeubles en forme d’aquarium sans égard à l’harmonisation du patrimoine bâti environnant est selon moi, un acte de sacrilège et de non respect pour nos alleux et des résidents avoisinants
    Le fait que les congrégations religieuses n’ont jamais payé (…et encore aujourd’hui!) de taxes municipales, il me semble qu’il y ai ici une dette collective dont celles-ci devraient considérer avant de remettre cette héritage dans les mains des promoteurs qui feront de généreux profits avec ces propriétés! Le même sort s’applique également aux terres des Sœurs de la charité! …abandonner ce patrimoine nourricier à un promoteur immobilier qui réserve ces terres au même sort que toutes les fameuses terres agricole de jadis du rg St-Joseph à Beauport est, encore une fois, un sacrilège! En ce sens, je vous rejoins également sur le fait que les collectivités doivent avoir un droit de regard sur son patrimoine avant de servir les intérêts des entrepreneurs à qui ont donne encore la chance de s’enrichir davantage !
    Les Villes sont souvent mal placées pour défendre ses sites à caractères patrimoniaux puisqu’elles sont en conflits d’intérêts avec leur principale mission qui est de collecter des taxes pour couvrir ses services!
    Ce qui me désole beaucoup dans ces dossiers, c’est que la population semble impuissante face à ces tractations qui nous passent sous le nez! Dans le cas des églises, j’ai l’impression qu’on a juste à nous endormir avec un beau ti-rapport d’une firme quelconque qui confirme que ces monuments peuvent, tout à coup, s’ effondrer et qu’ils représentent un danger public et hop!… dans les mains d’un entrepreneur qui salive de cupidité! Quand on observe la grosseur des outils requis pour démolir une église, on se rend vite compte que ces bâtiment ont été construit à toute épreuve et qu’ils ne se font pas démolir si facilement!
    Que peut-on faire maintenant pour préserver l’église St-Sacrement?
    Sinon, l’âme d’un quartier disparaîtra avec cet héritage collectif!
    Merci,

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