La gentrification, de quoi est-ce qu’on parle?

Par Johanne Arsenault
Publié le 13 janvier 2020
Photo: DDP

J’aimerais partager quelques réflexions concernant des problèmes liés à la gentrification dans le quartier Saint-Sauveur. Tout d’abord, un petit passage par le sens des mots. Sauf erreur, le terme «gentrification» vient de l’anglais « gentry » qui signifie «noblesse anglaise non titrée (1669)», Le Petit Robert.

Personnellement, la définition du Larousse me paraît plus pertinente et éclairante pour la réalité contemporaine: «Tendance à l’embourgeoisement d’un quartier populaire.» Je crois que si nous faisions un sondage, nous constaterions que le terme d’embourgeoisement est plus compréhensible que celui de gentrification. De plus, le terme d’embourgeoisement réfère immédiatement à l’idée de «classe sociale».

Wikipédia précise le sens sociologique de ces termes

«La gentrification ou embourgeoisement en français (…) est un phénomène urbain par lequel des personnes plus aisées s’approprient un espace initialement occupé par des habitants ou usagers moins favorisés, transformant ainsi le profil économique et social du quartier au profit exclusif d’une couche sociale supérieure.» Donc un développement urbain en faveur des classes sociales déjà privilégiées. On voit vite le volet socio-politique de ce phénomène. L’embourgeoisement d’un quartier populaire, c’est la perte de manières de vivre, de compréhensions de la société et de questionnements qui circulent et se développent au sein des membres des classes populaires.

Et pas besoin de longues dissertations pour établir des liens entre embourgeoisement et inégalités sociales. L’embourgeoisement est une forme de développement urbain plutôt sauvage qui ne tient pas compte des besoins des classes populaires : logement abordable, services de proximité (en santé par exemple), qui sont à l’écoute des besoins et des réalités des personnes, de leurs conditions de vie. Commerces accessibles en termes de coûts mais aussi en termes de vie culturelle. Un exemple de non-respect de la vie culturelle des quartiers populaires qui, selon moi, est très significatif, est cette tendance à la création de «branding» comme le «Nouvo St-Roch» ou le «Saint-Sô» qui n’ont rien, mais vraiment rien à voir avec l’histoire de ces quartiers.

Gentrification ou mixité sociale?

C’est moins évident avec le terme de gentrification. Pas mal de gens confondent d’ailleurs gentrification et mixité sociale. La mixité sociale, dont on attend beaucoup d’effets bénéfiques comme la réduction des inégalités sociales et l’atténuation des préjugés contre les gens des classes populaires, particulièrement des gens pauvres ou « hors normes », ne peut pas être produite par la gentrification.

Je ne crois pas que la mixité sociale puisse se réaliser sans lois, règlements ou mesures de contrôle qui empêchent l’exclusion et l’appauvrissement des classes populaires. Sans ces dispositifs de régulation et de contrôle du développement urbain, le fonctionnement de l’économie capitaliste joue automatiquement en faveur des classes sociales déjà privilégiées. Avec l’embourgeoisement des quartiers populaires, c’est la justice sociale qui régresse.

Nous sommes en droit d’exiger un développement urbain encadré par des mesures socialement justes et équitables. Deux exemples : il ne peut pas y avoir de réelle « mixité sociale » sans contrôle des prix des logements par un organisme comme la Régie du logement qui défendrait avec tous les moyens nécessaires les droits des locataires. On a aussi un urgent besoin de logements sociaux.

À vous d’ajouter les conditions que vous jugez essentielles pour un développement urbain socialement plus juste. Et vous, que pensez-vous de la gentrification ?

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