Lettre ouverte au promoteur Michel Dallaire: Poursuivre l’œuvre des Sœurs de la Charité

Publié le 8 mai 2019
Sur les terres des Sœurs de la Charité. Photo DDP

Monsieur Dallaire,

Vous avez récemment annoncé votre engagement dans un projet d’agriculture urbaine d’envergure sur les toits de futurs bâtiments industriels à Québec. Nous ne pouvons que vous féliciter. Bravo aussi pour cette association avec un entrepreneur agricole innovateur de la relève, encourageant ainsi audace et ambition.

Il nous semble toutefois que vous pourriez faire davantage pour nourrir nos concitoyens […], tout simplement en assurant le maintien de la vocation agricole tricentenaire des terres des Sœurs de la Charité. Certes, vous aviez envisagé la suite des choses autrement, mais le vent tourne.

Primo, l’agrandissement du périmètre d’urbanisation de l’agglomération de Québec prévu par le Schéma d’aménagement et de développement (SAD) adopté en juin 2018 apparaît maintenant peu réaliste. Le gouvernement du Québec a demandé le remplacement du SAD, jugé non conforme aux orientations d’aménagement dont il est le gardien; l’agrandissement laisse sceptique. Les pourparlers s’étirent, un second délai ayant été accordé en février. Et c’est sans compter une éventuelle demande d’exclusion de la zone agricole pour les superficies concernées.

Rappelons que l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez- vous : les opinions émises à ce sujet lors des consultations publiques s’y opposaient unanimement, sauf celles des gens directement avantagés. Même l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) et l’Institut du développement urbain (IDU), dont vous présidez le cercle régional de Québec, ont émis des avis défavorables.[…]

Pour répondre à la croissance démographique d’ici 2036 […], divers spécialistes préconisent plutôt de densifier la trame urbaine en douceur. Cela permettrait d’atteindre une masse critique pour rentabiliser les infrastructures existantes ainsi que les transports en commun et ainsi créer des milieux de vie sains et attrayants pour les familles, avec divers services de proximité. Des étudiants de la relève en urbanisme et en architecture ont d’ailleurs récemment proposé de redévelopper les secteurs de Limoilou et Fleur-de-Lys. La ville de l’avenir est pour cette génération.

Secundo, les enjeux environnementaux envahissent maintenant notre quotidien avec des signes perceptibles (inondations) : rarement une semaine sans un cri d’alerte des milieux scientifiques ou des groupes préoccupés à ce sujet. Comme jamais auparavant, les changements climatiques sont au cœur des débats publics locaux et internationaux. Il y a urgence.

Dans ce contexte, la perspective de « bétonner » pour l’urbanisation d’importantes superficies d’excellentes terres arables apparaît de plus en plus inacceptable, outre la création d’îlots de chaleur et le drainage des eaux de pluie vers l’usine de traitement des eaux usées, accélérant sa saturation. De nouvelles exigences environnementales devront s’ajouter dans l’avenir.

Tertio, les incertitudes climatiques et les bouleversements économiques sur la planète entraîneront des perturbations du commerce international et du transport, particulièrement l’approvisionnement en denrées alimentaires. Exemple : les fruits et légumes provenant de la Californie ou du Mexique seront moins abondants ou plus coûteux. […] Il nous faudrait déjà apprendre à manger autrement et à produire davantage nous-mêmes. L’engouement croissant pour l’agriculture de proximité reflète un réel changement dans la conscience des citoyens. Récemment, l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) soulignait que 80 % de la population mondiale vivra bientôt dans les villes et invitait celles-ci à prévoir des mesures pour nourrir leur population. Au Québec, nous avons déjà dépassé ce seuil.

Ensemble, passons maintenant à l’action! Avec votre intelligence pratique, votre leadership et vos valeurs familiales, vous pouvez influencer l’avenir de Québec et aussi assurer la poursuite de l’œuvre des Sœurs de la Charité pour le mieux-être de la collectivité. […] Les terres acquises par la société en commandite pourraient muter vers une fiducie foncière pérenne pour une agriculture urbaine multifonctionnelle, offrant à la population diverses opportunités d’intégration sociale, économique et culturelle. Plusieurs institutions, notamment d’enseignement, mettraient sans doute volontiers la main à la pâte. Ce serait là une perpétuation concrète des valeurs à la source du développement de notre ville, berceau de l’Amérique française, où les communautés religieuses ont jeté les bases d’une économie sociale forte et rayonnante. Un peuple qui peut se nourrir n’est-il pas un peuple fort ? La famille Dallaire et les Soeurs de la Charité ne pourraient pas laisser plus noble legs à notre ville et aux générations futures.

 

Voix citoyenne ( Monique Gagnon, Pierette Paiement, Claudine Doval)
ProtecTerre
Les AmiEs de la Terre
Union paysanne
Institut Jean – Garon GIRAM
Sol Zanetti, député de Jean-Lesage
La Planète s’invite à l’Université Laval ( Andréanne Moreau, Camille Poirot, Charles – David Desrochers, François Trepannier – Huot, Sami Jai Wagner Beaulieu)
Les incroyables Comestibles de Charlesbourg
Pierre Fournier, agronome émérite,
Commandeur de l’Ordre du mérite agronomique 2016
Benoît Limoges, b iologiste M.Sc, consultant en biodiversité et services écologiques
Fernand Dumont
Pierre Vagneux

Jacques Nadeau, CPA, CA
Marie Claude Bourret
Richard Legeault, B. Arch., M.Urb
Caroline Dufour – L’Arrivée, agr. biologiste, M. SC
Manon Boulianne
Pierre – Paul Sénéchal
Julie Nadeau, B.Sc. Géogr.
Louis. H. Campagna
Danielle Daigle
Lili Michaud , agr.
Pierre Pelchat
Josiane Plante , enseignante
Nancie Houe
Andrée O’Neill

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