Québec, ville résiliente: du paradigme de l’automobile à la mobilité collective

Par SImon Parent et Charles Gosselin-Giguère
Publié le 22 mars 2019
Tel que le démontrent plusieurs villes dans le monde, la décontamination permet une réappropriation citoyenne des terrains industriels et un rééquilibre entre paysage humanisé et paysage naturel. Plan: Québec ville résiliente

Dans un contexte de crise climatique, « QUÉBEC, VILLE RÉSILIENTE » propose une réflexion d’ensemble sur la soutenabilité de la croissance urbaine à Québec. En révélant les potentiels de la capitale à recevoir près de 30 000 nouveaux citoyens au cœur de la ville, le projet démontre qu’il est possible, voire nécessaire, de créer des milieux de vie résilients qui permettent un changement de paradigme : de l’automobile à la mobilité collective, de la consommation à la collaboration, de l’isolement à l’espace démocratique.

Pour ce faire, nous devons, ensemble, repenser radicalement nos investissements communs et l’aménagement du territoire. Nous devons habiter près de nos concitoyens, favoriser la diversité, partager nos savoir-faire, revoir nos méthodes de production, prioriser la mobilité durable, réduire massivement notre consommation, préparer le territoire à la montée des eaux, freiner l’étalement urbain, enrichir les écosystèmes et permettre la renaturalisation de certains milieux. Sans ces efforts communs, nous léguons aux suivants une condition humaine fragilisée résultant d’un écroulement de la vie sur Terre.

Une continuité du centre-ville

Ancienne périphérie de la ville, la zone industrielle située entre les quartiers Maizerets et Limoilou est aujourd’hui centrale dans la configuration urbaine. Dans un processus normal de transformation des établissements humains, il est souhaitable, voir essentiel d’optimiser l’usage de ces terrains riverains d’exception. Tel que le démontrent plusieurs villes dans le monde, la décontamination permet une réappropriation citoyenne des terrains industriels et un rééquilibre entre paysage humanisé et paysage naturel. Un nouveau quartier urbain caractérisé par l’échelle humaine, la mixité des usages et un rapport à l’eau peut ainsi prendre forme : Stadaconné.

Et que dire du secteur de la gare Centrale (gare du Palais), charnière entre le Vieux-Québec et Saint-Roch ? Traumatisé par l’arrivée de Dufferin-Montmorency dans les années 1970, le secteur est enclavé par l’infrastructure autoroutière qui se déploie tel un cancer urbain. Seuls son retrait et sa conversion en boulevard urbain permettraient une réhabilitation urbaine cohérente et durable. Nouveaux espaces publics, liens mécaniques, accès à l’eau, et milieux de vie mixtes alliant habitations, commerces, bureaux et institutions publiques pourraient alors dynamiser le secteur.

Pourquoi planifier l’aménagement ?

La planification en amont est une forme de résilience en soi. Elle permet, sur une période de 50 ans, d’entrevoir les plus grands défis à venir. L’ébauche d’une vision d’ensemble devient le moment idéal pour impliquer les citoyens dans une démarche collective et participative. Quel centre-ville pour Québec voulons-nous léguer aux générations actuelles et futures? Dans cette projection, une saine cohabitation du vivant (végétaux, animaux, humains, etc.) est l’ultime objectif. Se doter d’une stratégie pour aménager progressivement un tel secteur est un outil essentiel à l’atteinte d’une cohérence sociale, environnementale et économique désirée.

Combien ça coûte ?

Tout a un coût. Comme société fortunée, nous avons le luxe d’être confrontés à des choix. Certains coûts ne sont toutefois jamais calculés et semblent invisibles. En ce sens, la facture environnementale a longuement été négligée par le développement des villes. En période de crise climatique, il devient difficile d’en faire abstraction, car elle nous coute de plus en plus cher.

Quel est le coût réel d’un écosystème forestier retiré pour l’implantation de quelques nouvelles maisons ? Tenir compte de la limite des ressources planétaires doit devenir l’option par défaut.

Alors que 34 % des émissions totales des Québécois proviennent du réseau routier, ne serait-il pas juste de miser massivement sur des modes de transports plus durables ? Pourtant, le gouvernement provincial investit neuf fois plus de fonds publics dans le réseau routier que dans le transport maritime, aérien et ferroviaire combiné. Et si le train redevenait l’option par défaut des Québécois pour les déplacements interrégionaux ? Nos grands-parents le faisaient et les emprises physiques existent toujours! Nous pourrions utiliser ce mode de transport électrifié pour desservir autant les villages et les banlieues que les centres urbains.

Sommes-nous nées pour un petit pain ?

Par l’intermédiaire d’un projet de design urbain, nous souhaitons alimenter une réflexion collective en présentant des hypothèses d’aménagements résilients. Nous invitons les décideurs, organismes, acteurs et citoyens de la ville de Québec à participer à la discussion afin d’accomplir une transition écologique, économique et sociale, qui s’inscrit dans les objectifs du rapport émis par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Investissons dès maintenant dans la construction d’un écosystème vivant et résilient qui nous permettra de faire face aux changements qui s’opèrent. Le statu quo est utopique. Le temps presse…

Plus d’infos sur quebecresilient.com

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