Projet d’un dix-huit étages dans Limoilou

Par Marc Boutin
Publié le 6 février 2018
Illustration: Zoé Laporte

L’histoire se répète. Un promoteur, qui dit avoir la pleine collaboration de la Ville de Québec, bafoue les règles du zonage et veut démolir l’église Saint-François d’Assise pour y installer un édifice de dix-huit étages. Pourtant le zonage sur ce terrain permet un maximum de cinq étages.

Le zonage ? La Ville n’en a rien à cirer. Comme à l’Îlot Irving, au Centre Durocher, au Phare de Sainte-Foy, au projet Maria-Goretti de Charlesbourg, quand un promoteur arrive à la Ville avec un projet dérèglementé ou extravagant, et en plus contesté par les résidants, l’administration Labeaume prend la part du promoteur.

À l’Îlot Irving en 2012, les résidants du quartier avaient droit au référendum, une mesure démocratique pour faire valoir leur point de vue. Ayant perdu le référendum, Labeaume s’est empressé auprès du gouvernement du Québec pour supprimer ce droit à tous les citoyens. À Limoilou, comme au Centre Durocher, comme ailleurs, les citoyens seront donc à l’avenir laissés à eux-mêmes face aux « pitbulls » de l’aménagement urbain.

Une église ? madame Verreault, la conseillère, a dit que l’église n’appartient pas à la Ville, ce qui sous-entend que le promoteur, nouveau propriétaire de l’église, peut faire ce qu’il veut avec. Pourtant, les églises ne sont pas des édifices comme les autres. Ce sont des édifices publics exemptés des taxes foncières pendant des années. Elles possèdent donc une valeur collective qui transcende leur propriété juridique privée et la reconnaissance patrimoniale dont elles peuvent ou non faire l’objet.

Le projet Hedley

Le 17 janvier dernier, au Conseil de quartier de Limoilou, la Ville a commencé l’opération publique sur le « projet Hedley » en donnant la parole au promoteur. En lui donnant d’abord la parole, la Ville a courtcircuité le processus démocratique normal qui doit définir les règles et les limites de tout projet urbanistique d’envergure. C’est le service d’urbanisme qui doit consulter les citoyens d’abord, à savoir, dans le cas de l’église Saint-François-d’Assise : doit-on démolir l’église ? Et si oui, avec quel zonage faut-il ensuite règlementer les lieux ? Dans un deuxième temps, le ou les promoteurs doivent se plier aux directives du service d’urbanisme avant d’investir. Le zonage ayant une valeur universelle, cette procédure s’applique tout autant aux terrains privés qu’aux terrains et espaces publics.

C’est le rôle des élus de défendre le zonage, les biens collectifs, et de prendre la part des citoyens dans tout rapport de force avec les promoteurs. Ils sont élus et reçoivent salaire pour ça.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicité