Arsenic, mercure, furanes… Mobilisation citoyenne contre la pollution de l’incinérateur

Par Nathalie Côté
Publié le 17 janvier 2018
Kälte (1917) du peintre allemand Hans Baluschek (1879-1935)

L’incinérateur de Québec brûle bon an mal an 250 000 tonnes de déchets. En somme, tout ce qui n’est pas récupéré se dirige vers les quatre fourneaux de l’incinérateur qui répand parfois des émanations incertaines. Suite aux dépassements de normes répétés ces dernières années et à la décision de la Ville de Québec de ne pas respecter son engagement de fermer l’incinérateur en 2024, des citoyens des quartiers centraux se sont réunis au sein du Collectif objectif zéro déchet.

Selon le collectif, « malgré les 70 millions $ d’investis depuis dix ans par la Ville de Québec dans la modernisation de son incinérateur, celui-ci continue à émettre des rejets toxiques dangereux pour la santé de la population ».

Dépassement des normes

Des échantillons prélevés en octobre 2017 ont montré des dépassements des normes environnementales en ce qui a trait au mercure, aux dioxines et aux furanes, des substances reconnues comme étant nocives pour la santé, les dioxines et les furanes étant cancérigènes. Les deux derniers dépassements ayant eu lieu cet automne ont motivé le groupe citoyen à agir dès maintenant et à lancer un mouvement.

Comme le rappelle le porte-parole du collectif Jean-Yves Desgagnés : « En juin, un échantillon rapportait un taux d’arsenic 176 fois supérieur à la limite recommandée par les lignes directrices du Conseil canadien des ministres de l’Environnement ». Selon le collectif, les derniers dépassements d’émissions toxiques nuisent à la santé de la population de Québec et témoignent d’un manque de volonté de la Ville à régler le problème. « Et cela dure depuis beaucoup trop longtemps » rappelle Jean-Yves Desgagné.

Les émanations provenant de l’incinérateur préoccupent les citoyens depuis longtemps. Nicole Blouin, une femme qui suit le dossier activement depuis plus de quinze ans, a démissionné du Comité vigilance de l’incinérateur. Elle est outrée de l’inefficacité des solutions mises sur pied par la Ville : « À chaque dépassement, explique-t-elle, le même scénario se répète depuis des années. On promet des solutions qui ne donnent pas les résultats promis. La Ville investit des millions pour moderniser l’incinérateur et malgré ça, les émissions toxiques se poursuivent année après année. »

« Les deux derniers épisodes (de dépassement des normes) confirment que l’incinérateur de Québec, construit avec une technologie datant de plus de quarante ans, est un équipement désuet et dangereux. (…) Plutôt que de tenter de faire du neuf avec du vieux et de continuer à dilapider les fonds publics dans une solution du passé, la Ville de Québec devrait adopter dès maintenant une stratégie Zéro déchet, comme l’ont fait d’autres villes en Amérique du Nord », commente Jean-Yves Desgagnés.

La réponse de la Ville

« Nous allons travailler fort pour régler ça. Notre objectif c’est de respecter les normes gouvernementales et davantage qu’il n’y ait pas de dépassement du tout », assure la porte-parole de la Ville Mireille Plamondon. Elle rappelle que depuis les derniers dépassements en émissions toxiques décelés lors des derniers échantillons de l’automne 2017, la Ville a décidé de devancer l’entretien du four no4 (c’est le plus problématique des quatre fours de l’incinérateur). Dès le mois de mars, le four sera à nouveau en marche et des échantillons seront pris chaque jour. Les citoyens auront-ils accès aux résultats? La Ville, qui veut être transparente, assure que les résultats des échantillonnages seront publics.

Mireille Plamondon explique que la fermeture de l’incinérateur, annoncée en 2004, a été remise en question depuis, parce que plusieurs données ont changé. Notamment parce que les matières résiduelles ont encore un potentiel énergétique. Mais aussi, comme le souligne madame Plamondon, à cause de la capacité limitée du centre d’enfouissement situé à Saint-Tite des Caps. Dans la perspective d’une fermeture de l’incinérateur, la durée de vie du site ne serait que de dix ans. Ainsi, la Ville a donc décidé de miser sur l’amélioration des installations actuelles, sur la construction d’une usine de bio-méthanisation et sur la poursuite de campagnes de sensibilisation.

Compost et éducation

Le projet de bio-méthanisation (qui permettra de composter les matières végétales) sera mis en œuvre en 2022. Pour réduire les déchets toxiques qui se retrouvent dans l’incinérateur. Comme le conseillait la Ville dans un communiqué émis le 12 janvier dernier : « Certaines matières dangereuses comme les piles et les ampoules fluo compactes se retrouvent fréquemment dans les déchets acheminés à l’incinérateur. En brûlant, ces résidus dégagent des émissions polluantes. La Ville fait appel à la collaboration des citoyens afin qu’ils gèrent leurs matières résiduelles de manière responsable en triant les matières recyclables et en utilisant les ressources mises à leur disposition comme les écocentres et les points de dépôt pour les matières dangereuses. » Le Collectif objectif Zéro Déchet invite les gens à signer sa déclaration.

Texte publié le 17 janvier et mis à jour le 12 février.

 

 

 

 

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