Une manifestation somme toute festive

Par Lynda Forgues
Publié le 22 août 2017
Manifestantes et manifestants pacifistes. PHOTO: Lynda Forgues

 

La manifestation anti immigration du 20 août dernier du groupe la Meute était annoncée depuis plus d’un mois; mais après le drame de Charlottesville, en Virginie, où une manifestante a perdu la vie dans une attaque d’un suprématiste blanc contre un groupe de gauche, la tolérance nord-américaine envers la droite et l’extrême droite n’était plus de mise. Sauf au Québec…

 

Du côté politico-médiatique, la Meute est soit accueillie avec bienveillance, soit différenciée des vrais «radicaux» que serait Atalante, soit banalisée ou ignorée. Alors qu’il ne viendrait plus à l’esprit à Boston ou Vancouver de donner une entrevue télévisée à des chefs de groupes d’extrême-droite, quand ils préparent un rallye dans la ville, à Québec, on leur ouvre un studio d’un réseau national; ils ont été invités à Salut Bonjour le jour même de leur manif.

 

Quand la Meute a annoncé que cette manifestation anti immigration se tiendrait à Québec, ville qui leur paraissait plus accueillante à leur type de propos, un collectif de personnes de différents milieux, sous le nom d’Action Citoyenne Contre La Discrimination, s’est constitué sur une base bénévole pour organiser un rassemblement contre leur projet.

 

Plusieurs centaines de personnes de tous les âges et de divers horizons, ont répondu à l’appel de venir dénoncer le racisme, la haine et la xénophobie, et ont commencé à se regrouper dès 12h30 au carré d’Youville. Des personnes du Saguenay et plus de 150 de Montréal sont aussi venues en appui. Parmi ces personnes de Montréal, le plus grand nombre est allé directement au point de rassemblement «secret» de la Meute, un stationnement souterrain situé sur la colline parlementaire, afin de tenter de les dissuader de prendre la rue, et ainsi de bloquer leur discours anti immigration.

 

Des airs de printemps

 

La belle température aidant, le rassemblement au carré d’Youville, lieu symbolique pour les gens de Québec, a rapidement pris des airs de printemps 2012, avec son aspect bigarré: jeunes, familles, partis politiques, la fanfare Tint (A) Nar, bannières aux slogans originaux, du rouge, du noir, des masques, des pancartes faites main. Malheureusement, de nombreux médias avaient déserté le carré et son aspect festif et préféré le sensationnel du stationnement bloqué, afin de réaliser des photos et reportages plus choquants.

 

Les centaines de personnes ont pris la rue lentement, en scandant des slogans, jusqu’à la fontaine de Tourny. La Meute n’y était pas, elle était prise à son propre piège. Comme l’organisation citoyenne avait donné l’itinéraire jusqu’à l’Assemblée nationale et ne pouvait le modifier, tel que le règlement municipal le stipule, une fois-là, la manifestation était terminée. Des personnes sont restées sur place, d’autres sont parties séparément. Le plus grand nombre s’est engagé sur le boulevard René-Lévesque derrière les bannières, sans autorisation, en direction du stationnement bloqué, afin de rejoindre l’action : les personnes manifestant contre la Meute, les médias et la police.

 

C’est pas pareil

 

Une chose est sûre et certaine, à Boston et Vancouver le nombre d’antiracistes a dépassé de beaucoup le nombre de racistes s’étant donné rendez-vous. Même si, chaque fois, il y a eu ce qu’il est convenu d’appeler des débordements, quelle manif en est exempte?, les médias locaux ont préféré mettre l’accent sur la mobilisation citoyenne afin de l’encourager à l’avenir. À Québec dimanche le 20 août, c’était un extraordinaire rassemblement qui s’est continué durant de longues heures, près du stationnement.

 

Nous avons rencontré des gens qui n’avaient jamais manifesté et qui sont sortis pour l’occasion, inquiets de la montée de la droite et sa banalisation dans le discours public. Force est de constater que si nous avions été bien plus nombreuses comme personnes, 6000 au lieu de 600, à marcher contre le racisme, à montrer qu’à Québec cela nous tient à cœur, tout le monde aurait éprouvé plus de sécurité et moins de sentiment de chaos.

 

Le communiqué d’Action Citoyenne Contre La Discrimination, publié le lendemain de la manifestation, se terminait ainsi : «Nous invitons tous et toutes à prendre des initiatives afin de poursuivre la mobilisation contre la xénophobie et le racisme. Contribuez à déconstruire les préjugés, à offrir votre soutien et votre solidarité aux personnes migrantes et/ou réfugiées, à faire savoir que l’«immigration illégale» n’existe pas et à organiser des mobilisations et des contre-manifestations.»

 

L’extrême-droite avec ses valeurs fascisantes d’exclusion, de suprématie blanche, de fermeture à l’immigration est un réel danger pour toute la société et d’abord pour les personnes les plus vulnérables de celle-ci. Face à la droite, pour protéger et défendre nos valeurs démocratiques, se dresse la gauche. Lorsque la gauche tente de mobiliser et d’attaquer le discours de droite et ses conséquences réelles, elle parle fort, elle sonne l’alarme.

 

Quand des politiciens, comme le maire Labeaume, rangent dans le même sac l’extrême gauche et l’extrême droite, ils font là plus qu’une erreur sémantique. L’extrême-gauche a contré sans relâche au cours des 20 dernières années les tentatives des groupes d’extrême-droite de se mobiliser à Montréal, et dans diverses autres localités. Par contre, à Québec même, les groupes de ce genre se multiplient. Non, les antifascistes et antiracistes ne peuvent être comparés et traités de la même façon que des groupes qui ont des programmes, des visions, et des propos intolérants et racistes.

 

« Ils sont d’abord venus chercher les communistes, et je n’ai rien dit

Je n’étais pas communiste

Puis ils sont venus chercher les syndicalistes, et je n’ai rien dit

Je n’étais pas syndicaliste

Puis ils sont venus chercher les juifs, et je n’ai rien dit

Je n’étais pas juif

Puis ils sont venus me chercher, et il ne restait plus personne pour me défendre»

 

Martin Niemöller

 

 

 

 

 

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