Faut qu’on se parle à Québec: une initiative qui interroge

Publié le 25 octobre 2016
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Par Pierre Mouterde

Il faut le reconnaître : pour celui ou celle qui s’intéresse minimalement à l’actualité québécoise, il aurait été bien difficile de passer à côté du lancement de « Faut qu’on se parle », tant il a été l’objet d’un véritable « buzz » médiatique et tant la nouvelle a suscité un flot de réactions généralement très positives.

Il est vrai que les politiques d’austérité du Parti libéral, les difficultés récurrentes du PQ et l’impression générale d’une situation sociale et politique bloquée au Québec, représentaient un bon terrain pour une telle initiative. Car c’est peut-être là l’intérêt du projet de Gabriel Nadeau Dubois et Jean-Martin Aussant : ouvrir un espace de discussion vivant pour tous ceux et celles qui, à la fois progressistes et souverainistes, en ont assez de la situation actuelle et aspirent à de profonds changements. Et ils sont légions. Ce n’est sans doute pas pour rien que « Faut qu’on se parle » a déjà reçu plus de 240 demandes d’assemblée de cuisines, et jusqu’à Natashquan et Kuujjuaq.

Il reste que tout n’est pas pour autant aussi clair qu’il n’y parait. On le sait, le constat premier de « Faut qu’on se parle » est que, comme le rappelle Gabriel Nadeau Dubois : « le Québec a besoin d’une grosse discussion collective sur notre avenir (….) et que si « bien sûr, il y a beaucoup de mobilisations citoyennes (…) », néanmoins « les gens sont inquiets de la direction qu’on prend (…), car « sur le plan politique les choses sont bloquées depuis presque 10 ans », et « il nous manque encore un projet réellement rassembleur capable de mobiliser en grand nombre les citoyens du Québec. D’où l’appel à tous et toutes : « nous aider à trouver des solutions les plus concrètes possibles pour relancer le Québec ».

Des pratiques participatives et démocratiques ?

Mais si l’on peut partager globalement ce diagnostic de départ, ce qui fait cependant problème, c’est la façon dont « Faut qu’on se parle » s’y prend pour aller de l’avant et mener à terme sa tournée québécoise d’écoute et de discussion. J’ai ainsi eu la chance de participer à la première grande assemblée qui a été organisée le 13 octobre dernier au musée de la civilisation de Québec. Et si la salle était pleine, l’enthousiasme évident, si la technologie internet a été largement employée rendant cet exercice de discussion collective attrayant et facile à suivre, on ne peut pas pour autant dire que les pratiques démocratiques — prises au sens fort et noble du terme de la démocratie participative — étaient au rendez-vous. Loin de là !

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PHOTO- Pierre Mouterde

Par exemple ce soir là, 3 thèmes avaient été privilégiés en fonction des désirs préalables des participants : le climat, la démocratie et l’éducation. Et sur ces 3 grands thèmes, il fut comptabilisé 669 propositions venant de la salle et préparées pendant une heure en ateliers de 10 personnes. Cependant, ce fut, pour chacun des grands thèmes, autour de seulement 5 ou 6 grandes propositions que fut menée –pendant la deuxième partie de cet exercice — la synthèse en grand groupe. Et sans qu’on sache en fonction de quoi les organisateurs avaient décidé de faire le tri et de favoriser telle proposition plutôt que telle autre. Ni non plus pourquoi il n’y eut aucun véritable exercice de délibération collective à leur propos.

Certes, on a pu prendre le pouls de la salle en instantané sur des questions aussi diverses et concrètes que la nécessité du « bâillon à l’assemblée nationale » ou encore sur le « financement par l’État de l’école privée ». Et cela, grâce aux tablettes électroniques servant à faire la synthèse des ateliers qui furent transformées en machines à enregistrer votre accord individuel sous la forme du fameux « j’aime, j’aime pas » à la mode Facebook. On pouvait ainsi voir immédiatement la tendance de l’assemblée (favorable ou défavorable) se matérialiser sur les écrans interactifs sous forme de bandeaux verts ou rouges s’élargissant ou non selon les points de vue exprimés.

Un exercice à approfondir

Sauf qu’il n’y a eu sur ces 2 questions, aucune mise en contexte véritable, ni non plus une exposition minimalement soignée des arguments favorables et défavorables permettant d’instruire au préalable le jugement. Plutôt un genre de sondage maison instantané, sans doute amusant, mais guère convaincant en termes de réflexion aboutie.

C’est peut-être ce qu’on peut trouver d’insuffisant dans cet exercice : non pas la volonté d’écouter les gens un peu partout au Québec et d’aller chercher les propositions concrètes auxquelles ils pourraient penser; mais plutôt de le faire en faisant table rase de tout ce qui a été déjà pensé et réfléchi à ce sujet (notamment à Québec solidaire et Option nationale), tout en ne se donnant pas les moyens de lancer une véritable délibération de fond là où elle serait pourtant si nécessaire.

Il vrai qu’il s’agit d’une initiative qui ne fait que commencer et que bien des améliorations pourraient encore lui être apportées. Nous le souhaitons de tout cœur.

 

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