Le roman de Cassie Bérard: Qu’il est bon de se noyer

Publié le 16 juin 2016

1852810-gfPar Maximilien Nolet

Cassie Bérard a grandi à Donnacona, en banlieue de Québec. Elle signe avec Qu’il est bon de se noyer, son deuxième roman, aux Éditions Druide. L’histoire se déroule à Asbestos, ville minière à moitié abandonnée de l’Estrie, décor parfait pour camper une histoire remplie de mystérieuses noyades, comme si la morosité entourant la mine avait gagné les habitants de la région.

La narratrice s’y rend, elle qui a souvent visité la ville où vivait son père, afin de comprendre la vague de noyades qui sévit. Elle mène donc une enquête, qui ponctue le roman, et qui garde le lecteur en haleine. Elle dédie l’œuvre à son grand-père, apprend-on en exergue, qui est mort d’avoir travaillé dans les mines d’Asbestos. Une mort causée par le cancer, par de l’eau dans les poumons, une noyade de l’intérieur, sorte de métaphore filée et reprise dans tout le roman.

De plus, elle met en scène les troubles sociaux qui agitent toute ville dépendante des ressources naturelles et de l’aide gouvernementale. Ses habitants, ceux qui sont restés dans la région, tous chômeurs forcés et bizouneurs patentés depuis que la mine a cessé ses activités, manifestent bruyamment leur mécontentement et tentent à tout prix de se faire entendre afin qu’on leur redonne leur emploi dans la mine.

Trace du monologue intérieur

Ce roman est bien écrit : Cassie Bérard manie bien le style narratif et entrelace avec brio narration omnisciente et dialogue intérieur, souligné dans le texte par l’italique. Cela peut être déconcertant au premier abord, en raison de la construction phrastique choquante qui en découle, mais le lecteur s’y fait après quelques pages et apprécie l’effet créé : celui d’une descente profonde dans la tête des personnages du roman, comme cet extrait le montre : « Les mains frappent le visage, le cou, sous les doigts, le poids sur la gorge, mais toujours à travers l’étouffement se faufilent les rires, aigus et saccadés, et j’ai dû saisir mon père à bras-le-corps pour l’empêcher d’étrangler ton ami, s’insinuent les blasphèmes, et j’ai dû enfermer mon père dans une pièce au sous-sol, et il s’est mis à donner des coups de poing partout, et pendant ce temps-là Jasmin s’enfuit […] ».

À sa lecture, nous pourrions être tentés de comparer l’œuvre à André Langevin et Poussière sur la ville, roman où la poussière d’amiante règne et où la ville est presqu’un personnage à lui seul, ici Macklin (Thetford Mines), et ce, même si le roman de Cassie Bérard ne s’apparente pas au courant du roman psychologique auquel Langevin appartenait de plein droit.

Quoi qu’il en soit, le suspense du roman est très efficace et le fait de camper son histoire à Asbestos, ville peu représentée dans l’art au Québec, rend l’œuvre unique et intéressante.

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