Manif d'art 7 : art et résistance

Publié le 10 mai 2014
Une oeuvre en néon du collectif Claire Fontaine à l'Espace 400e dans le cadre de la Manif d'art. Photo: Renaud Philippe
Une oeuvre en néon du collectif Claire Fontaine à l’Espace 400e dans le cadre de la Manif d’art. Photo: Renaud Philippe

La Manif d’art de Québec est plus intéressante que jamais avec son thème de la résistance. Jusqu’au 7 juin, 120 artistes proposent leurs productions dans différents lieux, à l’Espace 400e, dans les centres d’artistes, dans les espaces publics; de Québec à Lévis, en passant par Wendake. Retour sur quelques œuvres à voir absolument.

Par Nathalie Côté

Le 1er mai dernier, marchant vers la place d’Youville pour rejoindre le rassemblement de la manifestation pour la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs, on entendait le bruit d’une manifestation monstre sur la côte d’Abraham. Pourtant, il n’y avait presque personne. C’était une bande sonore diffusée du toit de Méduse, signée Mathieu Beauséjour. Il fallait être là au bon moment pour faire cette expérience éphémère. Même si c’est du côté de l’action réelle que se trouve le plus souvent la résistance, on ne boudera certainement pas l’art qui y fait écho ou s’en revendique.

Ainsi, la résistance n’est pas seulement un thème accrocheur pour cette 7e édition de la biennale d’art actuel de Québec. On le constate avec la présentation de trois films sur le mouvement des Indignés, réalisés par l’Autrichien Oliver Ressier, présentés à l’Espace 400e. Trois films sous-titrés en français présentent des activistes de Madrid, d’Athènes et de New York discutant entre eux, assis dans des parcs. Ils parlent de leur expérience de démocratie directe, de résistance citoyenne, de révolution.

Syntagma

Il est particulièrement stimulant d’entendre les militants grecs ayant occupé la place Syntagma, intellectuels de gauche, travailleurs pour les droits des chômeurs, représentantes d’assemblées populaires de quartiers d’Athènes; ils discutent de changements sociaux et de stratégies. Ce sont des travailleurs du communautaire politisés, un peu comme on en retrouve ici. Ces documentaires permettent de se reconnecter avec les aspirations des Indignés et de constater qu’elles sont toujours d’actualité. Et on se dit, contrairement à ce que répètent le nouveau premier ministre du Québec et ses acolytes qui veulent imposer un régime d’austérité au peuple : « ce n’est pas le déficit de l’État qui est structurel, mais c’est peut-être la crise qui l’est… »

Il faut compter plus d’une heure pour visionner ces trois films, dans le confort de canapés à notre disposition. C’est une des oeuvres les plus politiques de l’évènement. Elle permet d’apprécier d’autant plus le travail de Martin Bureau, Robert Drouillard, Dominique Blain, Richard Martel, Rébecca Belmore et de plusieurs artistes étrangers. L’ensemble est assez cosmopolite et c’est ce qu’on attend d’une biennale d’art actuel. Le néon de l’artiste française Claire Fontaine, capitalism kills love, se joue des slogans politiques et publicitaires. Il questionne l’extension de la marchandisation jusque dans les rapports humains. Chaque œuvre interpelle différemment. La commissaire Vicky Chainey Gagnon a réussi son pari de réunir des artistes qui « proposent des alternatives aux récits sociaux, politiques et historiques dominants. »

Le printemps 2012

Il faudra aussi voir l’installation vidéo de Mark Boulos No Permanent Adress. Il a suivi pendant 2 mois des guérilleros communistes dans la jungle Philippines; ils livrent leurs réflexions sur « le féminisme, l’amour et le militantisme ». Autre œuvre de la manif d’art qui témoigne d’un mouvement de résistance récent, l’installation Fractures, du Groupe d’action en cinéma Épopée, collectif de créateurs anonymes, présente les films Insurgence, sur la mobilisation étudiante et sociale de 2012, et Rupture des entrevues avec des étudiants blessés et criminalisés. Présentés au studio d’Essai de Méduse, les films gardent toujours vivant le mouvement étudiant. Ce sont des images différentes de celles que l’on a pu voir dans les médias, le ton et le contexte, en font une expérience à part.

En côtoyant les œuvres rassemblées pour cette manif d’art, on constate que c’est lorsqu’elles témoignent de la résistance citoyenne qu’elles sont le plus convaincantes. Davantage, ces œuvres donnent le goût de profiter pleinement de ce rare moment de rencontre entre art et politique.

 

Manif d’art de Québec. Résistance – et puis nous avons construit de nouvelles formes. Jusqu’au 7 juin. Exposition centrale à l’Espace 400e, 15 $. Les expositions périphériques dans les centres d’artistes sont gratuites.

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