Exposition de Jocelyn Gasse : Entre ciel et terre

Publié le 19 novembre 2013
Jocelyn Gasse et un de ses tableaux. Photo: Thomas Lamadieu
Jocelyn Gasse et un de ses tableaux.                                                                  PHOTO –  Thomas Lamadieu

La Maison Hamel-Bruneau présente une exposition rétrospective de la peinture de Jocelyn Gasse. Des années 70 à aujourd’hui, le visiteur accède à son univers de scènes urbaines et pastorales fait d’ombre et de lumière.

 

Par Michaël Lachance

« Il n’est rien que tes yeux aient découvert
d’aussi notable que le présent ruisseau,
au-dessus duquel meurent toutes les
flammes. »
Dante Alighieri, La Divine Comédie, L’Enfer XIV

Peintre et enseignant bien connu du milieu de l’art au Québec, Jocelyn Gasse est un touche à tout qui a plutôt bien réussi partout où il est passé. Citons le commissaire de l’exposition, Dany Quine, qui décrit admirablement bien le travail de l’artiste dans le catalogue consacré à la rétrospective : « Fusionnant sans ambages les temps passés et présents tout en entrelaçant les visions eschatologiques et les scènes idylliques, il élabore ainsi une iconographie à la fois sombre et incandescente qui ne cesse de surprendre. » Le peintre nous habitue à des scènes apocalyptiques tout en y laissant une pointe drôle et ironique ici et là. C’est comme si l’artiste se moquait du diable… D’ailleurs, dans la pièce de théâtre Le Diable et le Bon Dieu, de Jean-Paul Sartre, une réplique du protagoniste Goetz est ludique et s’applique ici au travail de Jocelyn Gasse : « Je me moque du Diable ! Il reçoit les âmes, mais ce n’est pas lui qui les damne. Je ne daigne avoir affaire qu’à Dieu, les monstres et les saints ne relèvent que de lui. »

L’enfance de l’art

<Né à Québec en 1949, l’artiste, qui grandit dans un quartier dénommé le Petit-Village, peuplé essentiellement d’Acadiens et situé dans l’actuel arrondissement de Beauport, ne lésine pas et, dès l’aube, il fait la promesse d’un grand talent pour l’observation. À 16 ans, vers 1965, il croque une esquisse du Port de Québec, une encre sur papier nommée « Anglo Pulp », qui révèle l’oeil avisé, voire acerbe, du peintre que l’on devine déjà. Après avoir suivi une formation à l’École des beaux-arts de Québec, Jocelyn Gasse entame une carrière professionnelle en 1974, en se risquant à la performance et à la pratique d’une peinture formaliste, privilégiant l’abstraction géométrique à la Mondrian. Son parcours, jalonné sur plus de quatre décennies de création intense, montre combien l’artiste fut déchiré entre une pratique formelle, plasticienne et une pratique expressionniste, teintée d’ombre et de lumière. Classer le peintre est donc une pratique impossible, il est en marge de tous les courants plastiques. A contrario, il les incarne tous. Jocelyn Gasse est en soi un paradigme insondable. Le peintre semble avoir fait les parcours à contrecourant. Il débute comme performeur, puis plasticien dans la mouvance post-plasticiennes de Montréal, tels Molinari, Juneau ou Tousignant, une école qui lui sied bien et dont les propositions plastiques auraient pu s’accoler à celles de l’exposition des plasticiens de Montréal, présentée l’an dernier au Musée national des beaux-arts du Québec.

Formaliste dès les premières heures, il se détourne rapidement de ce mouvement pour expérimenter une peinture vivante, pleine d’expression. Des tableaux particuliers où le diable semble déjeuner sur l’herbe à côté d’une voiture Pontiac Firebird qui fond entre trois coups de spatules, où un immeuble, un chaton ou une piscine hors terre se côtoient, entre l’apocalypse et l’enfer. Cela dit, loin d’être une peinture sombre – bien au contraire –, chez Gasse, le souci n’est pas de livrer un sujet à la facture sociale, catastrophiste ou engagée, au contraire, son travail épouse plutôt des sujets fantastiques oscillant entre fiction et réalité plus proche de la poésie formelle, voire romantique, que de la simple représentation plastique. De même, lorsque la visite se termine, c’est une impression de nostalgie qui nous habite. Un sentiment qu’au-delà les tourbillons de la vie mouvementée, par-dessus le cynisme habituel, un romantisme intemporel habite toutes les œuvres poétiques de Jocelyn Gasse. Cette rétrospective, qui débute avec des petits dessins de Monsieur Gasse enfant, alors qu’il a tout au plus 4 ou 5 ans, n’est pas anecdotique. Tant s’en faut, c’est le pan complet de sa vie de peintre, une pratique échelonnée sur plus de 40 ans de carrière que propose la maison Hamel-Bruneau.

Au 2608, chemin Saint-Louis. On peut voir l’exposition du mercredi au dimanche de 13h à 17h, jusqu’au 22 décembre. Entrée libre.

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