«The country I come from, it’s called the Midwest»

Par Malcolm Reid
Publié le 20 février 2026
Renée Nicole Good et Alex Petti. Illustration: Malcolm Reid

Bob Dylan chantait ça en 1964. Il était frais sorti de sa ville natale : Hibbing, Minesota. Il disait dans cette chanson que ses voisins du Midwest étaient sûrs que « Dieu est de notre côté ». Cet hiver, les Midwesterners de Minneapolis ont montré un autre visage. Ils sont devenus le centre de la résistance à Trump et à sa gendarmerie anti-immigrante. Récit sur Minneapolis, et sur tout le Midwest américain.

 

En janvier, j’étais chez Nathalie, notre coordonnatrice à Droit de parole, et la télévision nous racontait qu’une femme venait d’être abattue par la police de « ICE ». On était sous le choc, tous les deux.

C’était dans l’état du Minnesota, région autrefois très blanche et scandinave. Aujourd’hui la région a beaucoup de Noirs et de Latinos. La migration, c’est humain.

(Dans ma tête j’ai modifié un fameux slogan, un slogan codé. Ça donnait:

« MAKE AMERICA WHITE AGAIN». )

La semaine avant, le régime Trump avait envahi le Vénézuéla. Seules justifications, la force américaine, les armes américaines, l’argent américain. La raison du plus fort. C’était pareil au Minesota.

L’acte d’invasion en Amérique du Sud et l’acte meurtrier dans une grande ville des États-Unis, ça faisait un comble.

Le Midwest, c’est une région que je connais un peu… Enfant, j’ai vécu avec ma famille, un an aux États-Unis; au Wisconsin, l’état voisin du Minnesota. La région autour des Grand Lacs s’appelle le « Midwest » parce que, après avoir été exploré par le Québécois Louis Jolliet et le Père Jacques Marquette, elle a été colonisée par les États-Unis vers 1812. Et l’USA d’alors n’avait pas encore atteint son « Far Ouest ».

Michigan, Illinois, Ohio, Nebraska, Indiana et les villes de Détroit et Chicago… Tout ça, c’est ce que moi j’appelle le Midwest. Avec le lac Supérieur et le lac Huron en haut, partagés avec le Canada. Le Mississippi coule vers le Sud, la Rivière Rouge coule vers Winnipeg.

La femme tuée ce jour-là était Renée Nicole Good. « SHE WAS GOOD » disait une pancarte dans la foule de protestataires.

Une héroïne? Une martyre? « Non! disait le vice-président J.D. Vance à Washington, où Trump lui avait donné la tâche de nier. Non! Elle était d’extrême-gauche, et avec son auto elle attaquait des chars de police en devoir. » On recevait peu de détails sur Renée Good, cependant.

Elle semblait être une travailleuse des mouvements populaires, un peu comme nos travailleuses de rue ici. Elle essayait d’aider des gens ciblés pour la déportation. De les avertir à l’approche des flics. Elle semblait être blanche, elle semblait être gaie – on appelait sa conjointe sa « veuve ». Elle était mère aussi, elle avait 37 ans.

Elle semblait avoir une vision de la vie qui a une longue tradition dans le Midwest : le populisme de gauche. Un courant qui utilise rarement le mot socialiste, mais qui épouse les causes du peuple.

Un territoire qu’il faut évoquer ici, c’est le Manitoba. Winnipeg, juste au Nord du Minnesota est le berceau du socialisme démocratique au Canada dont James S. Woodsworth est le principal fondateur. En 1919, il a été un preacher qui a changé de job. Il est devenu syndicaliste, philosophe du socialisme démocratique, et a siégé à la Chambre des communes pour le North End à Winipeg. Il se voulait la voix des travailleurs et des immigrants pauvres qui peuplaient son comté. Aujourd’hui le Manitoba est gouverné par le Nouveau Parti Démocratique et, j’ai écouté Wab Kinew commenter les événements : Kinew est le premier Autochtone à devenir premier ministre d’une province canadienne. « Nous sommes déterminés a garder notre démocratie en bon état, affirmait-il. Et ça veut dire que nous voulons voir nos voisins au Minnesota conserver la leur aussi. »

À la TV plus tard, un banlieusard de soixante ans de Minneapolis était interviewé :

« Hé! Vous autres les Canadiens, vous étiez nos meilleurs amis. Et regarde ce que notre président a fait de cette amitié. C’est… (longue pause). C’est ce que j’appelle une parodie de président! »

Parlons du Wisconsin. C’est là que j’ai vécu le Midwest américain avec mon frère Ian. Madison est la capitale de l’État et c’est là que mon père étudiait à l’université du Wisconsin. C’est une ville de verdure, une ville accueillante. Plus petite que Minneapolis, mais en expansion. Ma cousine Sarah habite dans la région de Madison et elle était dans les foules en 2012 quand un gouverneur a passé des lois anti-syndicales et le peuple s’est soulevé. Car la ville a une forte gauche, depuis le début du vingtième siècle. Alors, le Wisconsin avait ce que j’appellerais le gouverneur le plus à gauche de l’histoire américaine. C’était « Fighting Bob » La Follette. Il a fait mille réformes au Wisconsin, est devenu sénateur et il a fondé un journal appelé The Progressive.

« The Progressive » se lit encore en 2026, un des meilleurs magazines de la presse de gauche aux USA. On peut le trouver à Un Coin du Monde, rue Cartier.

Madison est le campus où Bernie Sanders a attiré parmi ses plus grandes foules lors de sa campagne de 2020. C’est aussi le campus de l’historien de l’impérialisme américain, William Appleman Williams

La métropole du Wisconsin c’est Milwaukee, sur le lac Michigan. Milwaukee n’est pas juste célèbre pour ses brasseurs. C’est une ville qui, avec sa grande population d’origine allemande, élisait des maires socialistes au début du vingtième siècle. C’était le temps d’un chef historique du socialisme aux États-Unis Eugène Debs. Debs aussi était un Midwesterner. Sa ville était une ville bien-nommée : Terre Haute dans l’Indiana.

(L’Indiana peut aussi de vanter d’avoir donné naissance au roi de la science-fiction satyrique, Kurt Vonnegut. Son classique : Abattoir 5 inspiré de ses années de prisonnier de guerre en Allemagne nazie.)

Toutes ces traditions, parfois militantes, parfois culturelles ont alimenté l’activisme aux États-Unis, du temps de Fighting Bob, jusqu’au temps du Vietnam, de l’écologie, du néo-féminisme.

Et continueront de l’alimenter, je parie.

Bob Dylan, lui, est né un mois avant moi. Il est encore là. (Avec son prix Nobel!) Il écrit encore, et parfois ses liens avec nous renaissent. Je pense à sa tune Girl from the North Country.

«If your travellin’ in the Norh Country fair

Where the wind hits heavy on the borderline

Remember me to one who lives there

For she was once a true love of mine»

Dernière heure

(Je crois que la magie de Donald Trump s’effrite. Je ne peux pas le prouver, mais je le ressens. Vous pas?)

Et à la dernière heure, Dan, un Américain de 60 ans en visite à Québec, m’aborde au Café Castelo. « Je vous dirais ce qui vient d’arriver, monsieur. Alors que les ICE avaient jeté une femme à terre, un jeune homme s’est approché pour l’aider. Les ICE se sont jetés sur lui. L’un d’eux a tiré. Le jeune homme a été tué net. Il portait une arme à feu dans sa poche arrière. Mais il était autorisé à la porter. Il était infirmier aux soins intensifs. Et moi monsieur, j’ai eu la vie sauve par un infirmier de soins intensifs. Alors… »

Renée Good, Alex Pretti… Après eux qui?

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