
En ce début d’année marqué par l’inflation et par les compressions budgétaires, le milieu du théâtre québécois a lancé un cri du cœur. C’était le 16 janvier au Périscope. Ce théâtre, de concert avec Premier Acte, La Charpente des fauves et plusieurs compagnies de théâtre, avait organisé un happening artistique pour « mettre en valeur le travail et le talent des créatrices et des créateurs dont les pièces ont dû être annulées ou réduites cette saison, les compagnies productrices n’ayant pas obtenu le financement public nécessaire* ».
La soirée se déroulerait en trois temps: Déclarer ensemble; Résister ensemble; et Fêter ensemble. Elle était animée par le coordinateur artistique du Périscope qui a mentionné que la mission de diffuseur, cultivée par ce théâtre depuis 40 ans, rendait naturel d’accueillir une réflexion-échange pour tenter de comprendre ce qui plonge un trop grand nombre de nos compagnies de théâtre dans une situation de précarité. L’objectif était de « faire apparaître l’invisible et braquer la lumière sur les angles morts en allumant le plus de points d’interrogation possible » a scandé l’animateur.
En première partie, la voix de plusieurs artistes a donc résonné pour dénoncer les difficultés auxquelles sont acculés les acteurs de ce milieu, qu’ils s’occupent de création, de production ou de diffusion du théâtre. La déclaration (les mots de Déclarer ensemble) fut portée, en vidéo ou en personne, par les membres des directions artistiques de trois compagnies de théâtre : la Grosse Affaire, les Écornifleuses et le collectif Tôle. Les panélistes ont exposé, de façon claire et précise, la réalité parsemée de difficultés et de choix ingrats des gens de théâtre, à l’époque où la rationalisation des dépenses publiques frappe particulièrement le milieu culturel. Car, oui, l’accès restreint aux subventions a forcé l’annulation de deux spectacles pourtant programmés au Périscope en 2025-2026, tandis qu’une compagnie de théâtre (La moindre des choses) a choisi de s’endetter pour présenter un spectacle à ses frais, le temps d’attirer le public en nombre suffisant, et que d’autres ont dû revoir leurs choix artistiques pour pouvoir monter sur scène.
Une créatrice nous a expliqué comment la réduflation transforme les spectacles de théâtre. Pour faire face au risque de refus d’un financement public, son équipe avait choisi de couper le budget des costumes. Le public y a perdu une part de la magie du spectacle. Le même phénomène avait-il frappé les décors ?
Puis, avant que commencent les prestations théâtrales, les panélistes ont conclu que les choses devaient changer, et se sont posé la question : quel avenir notre société prépare-t-elle aux artistes de demain en privant, aujourd’hui, ses compagnies de théâtre du minimum vital ?
*Source : Résumé du spectacle, sur la page Facebook de Résister ensemble. Page consultée le 20 janvier 2026.