Les débuts du logement communautaire à Québec

Par Ève Sansfaçon
Publié le 19 février 2026
Les débuts du logement communautaire a Québec. Vingt ans d’engagement avec Action Habitation (1975-1995), (détail), Presses de l’université du Québec, Québec, 2026, 177 pages

Les débuts du logement communautaire à Québec. Vingt ans d’engagement avec Action Habitation (1975-1995), vient de paraître aux éditions des Presses de l’université du Québec. Un ouvrage collectif avec la collaboration de Paul-Yvon Blanchette et du journaliste Robert Fleury, pour ne nommer qu’eux. L’ouvrage arrive au bon moment !

Le livre brosse un portrait de la Ville de Québec et son histoire, avec entre autres, le grand incendie du quartier St-Sauveur en 1845. En pleine apogée de la révolution industrielle, les riches marchands écossais et britanniques faisaient travailler les Irlandais et les Canadiens-français, dans les industries du bois le long de la rivière St-Charles. Ces ouvriers habitaient les quartiers St-Roch et St-Sauveur, dans des maisons de bois surpeuplées et sans installations sanitaires. Les industries cohabitaient parmi la population avec ce que ça peut inclure de risque de pollution, de mesures sanitaires inadéquates et de maladie comme l’épidémie de choléra au XIXe siècle, et de déflagrations

Ce n’est que dans les années 1950, en après-guerre, que les municipalités ont relevé le niveau de salubrité et de sécurité des quartiers centraux. Les gouvernements canadien et québécois ont imposé des lois. Viennent les années 70 et les débuts du logement social; nous n’avons qu’à penser aux coopératives d’habitation sur la rue St-Gabriel dans St-Jean-Baptiste ou aux tours Bardy dans Maizerets.

Le premier projet à loyers modiques

Ce premier projet de tours à loyers modiques pour la région de Québec visait à loger les déplacés par les expropriations dues à la construction de l’Autoroute Dufferin-Montmorency de Limoilou et de St-Roch. Ce mouvement du logement social a commencé parce que quelques militant.e.s impliqué.e.s dans divers comités citoyens se sont mobilisé.e.s, ainsi pae exemple l’Aire 10 dans St-Roch, le Comité des citoyens et des citoyennes de St-Sauveur, le Mouvement d’action populaire de Limoilou (MAPL) et le Mouvement St-Gabriel. Ces militant.e.s, qui voulaient aider leur quartier, ont mis en commun leurs forces et c’est devenu avec le temps « Action-Habitation », l’organisme communautaire qui encore aujourd’hui, gère et développe des coops d’habitation et des organismes à but non lucratif (OBNL) en habitation.

Un éveil citoyen

Dans les années 70, au lieu de démolir, on rachetait des bâtiments, que ce soit une école ou encore des maisons pour un prix modeste (avant la surenchère) et les membres des coopératives faisaient tout pour permettre à leurs futurs membres de se loger selon leurs capacités de payer, ce qui incluait de faire la toiture, etc. On voit en couverture du livre une photographie de la création de Mon logis, une coop dans St-Sauveur qui existe toujours …

Ces débuts des logements sociaux dans les années 70, je ne vous apprends rien, ont été « un éveil citoyen », comme le souligne Paul-Yvon Blanchette. Pour beaucoup, les comités des quartiers ont trouvé des solutions pour loger les gens et les familles avec dignité et sécurité.

Les gens qui sont derrière Action Habitation, qu’on appelait « les permanents », devaient être polyvalents parce que les coops avaient besoin de tout : on en était aux débuts, alors c’étaient autant les phases de développement, de la constitution du groupe et de son incorporation, des corvées, jusqu’à la livraison de logements rénovés. Le permanent qui avait une formation en architecture, en service social ou en autodidactie, recherchait des maisons à acquérir, les visitait et en estimait les coûts de rénovation, pour ne nommer que quelques-unes des tâches! Alors oui, c’était une époque effervescente de renouveau et de changement qui chamboulait les quartiers.

Je ne peux m’empêcher, en refermant ce livre, de me demander si l’époque de tout démolir et de déplacer des populations ne revient pas. Parce qu’avec la gentrification, on peut tellement facilement exclure une partie de la population. Mais comment faire pour l’inclure selon ses moyens financiers? Sans compter qu’avec la formule coopérative, ne plus avoir de bail à renouveler à chaque 1er juillet, c’est vivre en sécurité à long terme.

Une lecture fortement suggérée, que vous soyez un.e militant.e ou non pour le logement social. Merci à M. Paul-Yvon Blanchette, d’avoir pris le temps de me rencontrer pour me parler de ce legs à la société québécoise.

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