Encore le troisième lien !

Par David Johnson
Publié le 18 février 2026

 

Christine Fréchette et deux député,es de la CAQ le 17 février. Photo: David Johnson

D’abord, il faut s’excuser de produire un autre article sur le troisième lien. Ce sont des mots qui sont pour toujours gravés dans les consciences de ceux qui suivent la politique, à Québec, et c’est normal d’être tanné. Mais comme on en parle encore, nous continuons à suivre le débat.

Madame Christine Fréchette, ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration et candidate à la chefferie du CAQ, a finalement pris position sur la question du troisième lien. À sa conférence de presse du dix-sept février dernier, au quai des Cageux, celle qui sera probablement la prochaine première ministre du Québec a présenté sa vision des travaux à faire pour améliorer la circulation automobile entre les deux rives : le rajout d’une voie de circulation à l’autoroute vingt de la rive sud, sur six kilomètres, un réaménagement de la tête des ponts et des travaux sur le tablier du pont de Québec pour permettre le passage des camions. S’ajoute à tout cela un troisième lien en forme de pont, à l’est, vers l’île d’Orléans.

En proposant cette infrastructure, madame Fréchette a formulé une vive critique du projet actuel de la CAQ, soit le lien autoroutier dans le corridor central. Selon les études, notamment celle du CDPQ Infra, le projet « n’offrirait qu’un gain de temps vraiment minime, soit un peu plus de deux minutes » au niveau des déplacements automobiles d’une rive à l’autre. « Ça créerait de nouvelles pressions sur le réseau routier à Lévis et à Québec, et les estimations parlent d’environ onze milliard $ pour un projet dont tant les dirigeants économiques et politiques que les citoyens ne veulent pas. »

L’annonce de madame Fréchette contient aussi un nouvel élément, soit un « partenariat public-privé », qui inclurait de l’investissement privé et qui obligerait les utilisateurs à payer, un peu comme sur les autoroutes vingt-cinq et trente dans la région de Montréal. « Si je suis élue cheffe de la CAQ, je mandaterai le ministère des Transports pour lancer un appel de proposition pour un lien situé plus à l’est », tel que souhaité par la population de la grande région de Québec, propose la candidate. « On veut que le fédéral investisse aussi dans ce projet, mais globalement, ça devrait être au privé d’en assumer la direction. »

Madame Fréchette était accompagnée de madame Martine Biron, ministre de l’Enseignement supérieur, et de monsieur François Bonnardel, ancien ministre des Transports, qui appuient sa candidature à la chefferie du parti gouvernant. Chez les journalistes présents à la conférence de presse, on ressentait la même exaspération, la même incrédulité qu’ailleurs dans la population, face à ce projet qui refuse d’avancer, voire de disparaître. La première question qui lui a été posée par un journaliste: « C’est aujourd’hui mon quatrième lancement du projet de troisième lien…Alors dites-moi : qu’est-ce qui vous fait croire que cette fois-ci sera la bonne ? »

Enfin, peut-être y a-t-il une stratégie politique intéressante dans cette décision de madame Fréchette… Ainsi, vu qu’il aurait été très difficile pour elle de se prononcer contre le troisième lien durant sa campagne, il semble que la position la plus « sécuritaire » était de ne contredire la position du gouvernement que sur le long-terme, même si on s’aperçoit de façon très évidente que cette histoire de troisième lien n’est plus qu’un mirage. Cela dit, au lieu de fermement appuyer ce projet d’infrastructure, madame Fréchette a préféré se dédouaner en le glissant dans la cour du secteur privé. Tout un « pitch! »

De même, la ministre s’est déjà préparé une voie de sortie: « Si l’argent du privé n’est pas là, on ne sera pas capable de construire un pont dit-elle. Quant à la possibilité que ce pont traverse l’Île d’Orléans, madame Fréchette s’en remet là aussi au privé, disant attendre leurs propositions en cas de viabilité et de faisabilité de ce projet selon leurs analyses.

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