Une épopée post-capitaliste

Par Francine Bordeleau
Publié le 19 décembre 2025
Céline Minard, Tovaangar, Paris, Rivages, 2025, 688 p.

Dans son treizième livre, l’écrivaine française Céline Minard imagine qu’un nouveau monde, agréable et joyeux, est né sur les vestiges du nôtre.

Amaryllis Swansun (Ama), l’un des personnages principaux du présent roman, « adorait voler, nager, grimper » et « avait vu le jour dans un nid d’Auboisières douces comme la pluie ». Mais qu’est-ce qu’une Auboisière ? Difficile à préciser, cette créature nous étant présentée en glossaire comme un « bipède glabre de culture forestière ».

On rencontrera aussi une « Dronote » nommée Miameh, un « Gros-Cerveau » nommé Atlal, des Arcadeans, des Créates, des Extracts, des Hydros, des Réformés… Si nous sommes bien sur Terre, l’espèce humaine telle que nous la connaissons semble appartenir à un passé révolu. Les Auboisières ont peut-être une origine mi-humaine mi-végétale et les Gros-Cerveaux font penser à des ours. Quant à la Dronote, elle est définie comme un « Corps autonome, autorégulé, répliquant et conscient ». Une chose, cependant, est sûre : nous sommes en pleine science-fiction.

En pleine SF, et dans un Los Angeles qui lui non plus ne ressemble pas au L.A. d’aujourd’hui. Ne subsistent que des ruines urbaines, que les protagonistes du roman ap pellent « la sauvagerie » – ou « état du monde à l’époque extracte » –, pour rappeler la mégalopole ici rebaptisée « Hidden ». Exit le béton, le pétrole, les gratte-ciels, les interminables lacets d’autoroutes : la nature jadis dévastée a repris ses droits. Paayme Paxaayt, qui est le nom donné à la rivière Los Angeles par les Tongvas, le peuple amérindien qui habitait le bassin de Los Angeles avant l’arrivée des Européens, occupe d’ailleurs une place centrale dans Tovaangar.

Futur édénique

Ama est une Auboisière Expé. Sa nature la prédispose donc aux voyages d’exploration. D’où un roman aux allures de road-movie. C’est ainsi que notre héroïne et ses amis se lanceront dans une expédition à caractère initiatique qui les conduira aux confins de l’ancien monde. C’est-à-dire celui d’avant le Démantèlement, ou « période finale de la culture extracte », qui fut mené par les Activistes. D’où, aussi, une histoire portée par l’aspect découvertes plus que par les rebondissements. Les rencontres, nom breuses, tiennent lieu de péripéties, et nous sont don nées comme autant d’occasions d’en apprendre davan tage sur ce monde post-apocalyptique (l’apocalypse se situant, ici, peu ou prou à l’époque du démembrement).

Or si la littérature post-apocalyptique, qui compte par mi ses illustres représentants les Aldous Huxley, René Barjavel, George Orwell, Ira levin et autres Margaret Atwood, nous a habitués aux plus sombres cauchemars, aux dystopies les plus noires, Céline Minard ose un tout autre pari. Et si plutôt, dans quelques ou plusieurs siècles, les lendemains chantaient ? Et si le capitalisme, l’exploitation des ressources, la performance, l’accumulation n’étaient pas les seules façons d’être sur Terre, n’étaient pas inscrits dans notre ADN ?

Il y a du souffle et de l’ampleur dans ce livre, de par l’univers inventé. Mais le parti pris résolument écolo, égalitariste, optimiste quant à l’avenir, qui parfois fleure bon le retour aux sociétés de chasseurs-cueilleurs, peut rebuter. Reste que c’est Noël et que Noël, c’est aussi fait pour rêver.

 

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