Stop au saccage du filet social

par W. Stuart Edwards
Publié le 19 décembre 2025
Mélanie Pelletier de  la CSN dénonce les attaques de la CAQ.  Photo: W. Stuart Edwards

Une dizaine de groupes syndicaux, communautaires et de défense collective des droits, ont répondu à l’appel de la Coalition main rouge pour dénoncer les coupes budgétaires de la CAQ. Réunis devant le Conseil du trésor le 18 novembre, ils s’inscrivaient dans un mouvement plus large, des actions similaires ayant eu lieu ailleurs en même temps.

Diversion en fin de mandat

Mélanie Pelletier, du Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches-CSN, a pris la parole pour constater la « chute libre » dans les appuis au gouvernement. « Si les élections avaient lieu demain matin, la CAQ serait rayée de la carte. »

Les coupures touchent tout le monde. Même les plus privilégiés ne sont pas à l’abri, les médecins par exemple, ayant reçu un « coup de matraque ». Selon Mme Pelletier, « la CAQ tente de détourner l’attention de son bilan désastreux, en attaquant tout ce qui bouge : les groupes communautaires, les associations étudiantes, les syndicats, et même les médecins. »

« Votre » gouvernement ?

Naélie Bouchard-Sylvain, du RÉPAC, a dressé la liste des personnes laissées pour compte : « les personnes racisées, les personnes trans, les femmes, les per sonnes assistées sociales, les personnes âgées, les personnes en précarité financière, et tous ceux qui se trouvent à l’intersection des systèmes de soins. » Pendant que l’argent public est gaspillé sur des projets informatiques douteux et des paris industriels risqués, les coupures touchent les services en éducation et en santé, le logement social, les groupes communautaires et de défense collective des droits.

Le gouvernement Legault tente de restreindre le débat public en empêchant les syndicats, les associations étudiantes, et les médecins de militer collectivement, selon Mme Sylvain-Bouchard. La lutte aux émissions de gaz à effet de serre devient secondaire, et à cela s’ajoute « le retour du discours raciste, transphobe et sexiste décomplexé. »

Une pauvreté systémique

Serge Petitclerc, du Collectif pour un Québec sans pauvreté, a réclamé une hausse importante du salaire minimum. Une personne seule a besoin de 38 000 dollars par an pour sortir de la pauvreté. Or, au salaire minimum actuel de 16,10 dollars l’heure, un travailleur ou une travailleuse ne couvre que le strict minimum de ses besoins, et seulement si il ou elle travaille toute l’année 35 heures par semaine. Sinon, la précarité frappe fort : 20 % des gens qui fréquentent les banques alimentaires ont un revenu principal qui vient d’un emploi.

Le droit à l’éducation

François Bernier, du Syndicat de l’enseignement de la région de Québec, a estimé que le gouvernement caquiste «s’attaque à l’avenir de la grande majorité des enfants » avec ses compressions financières dans le réseau scolaire. « Que ce soit par la réduction d’heures en orthopédagogie, en orthophonie, en éducation spécialisée, en enseignant ressource, dans les sorties culturelles ou le transport pour s’y rendre, par l’augmentation du nombre d’élèves par groupe, et par la réduction des budgets voués à l’entretien d’équipements. » Il déplore également les situations de violence auxquelles sont confrontés le personnel enseignant.

« Tous les enfants ont droit à une éducation de qua lité dans un environnement sain et propice à leur épanouissement. On parle d’un droit fondamental et légitime. »

La santé globale

Patricia Lajoie, du Syndicat des professionnelles en soins de la Capitale Nationale (SPSCN), a évoqué la nature globale du bien-être physique, mental et social. « Quand on coupe dans l’éducation, les garderies, les organismes communautaires, l’environnement, quand on ne s’attaque pas à la pauvreté, ben, forcément, on coupe dans notre santé. »

« On dirait que le gouvernement fait tout dans son pouvoir pour mettre la hache dans notre système de santé public, et d’ouvrir grand les portes au système de santé privé. C’est 28 % du budget de la santé qui va dans le privé. » On déshumanise les soins en travaillant à la chaîne, mais « quand on soigne un patient, on le soigne dans sa globalité. C’est beaucoup plus qu’un acte. »

On ne remplace pas le personnel en soin des CHSLD et on augmente sans cesse la charge de travail des pro fessionnels en soin, on leur ajoute des tâches, tout le temps, avec moins de personnel, au nom de la bonne gestion financière. « Pour moi, ça, c’est un choix politique de moins bien traiter nos aînés. »

Les groupes communautaires fragilisés

Catherine Gauthier, du Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale (RGF-CN), a déploré que les organismes communautaires se sont vus imposer un gel de leurs subventions par la prési dente du Conseil du trésor France-Élaine Duranceau. La CAQ va fusionner le Fonds québécois d’initiatives sociales (FQIS) et le Fonds d’aide à l’action communau taire autonome (FAACA), et cette fusion pourrait fragi liser encore plus les groupes.

Quand les services publics sont sous-financés, quand le f ilet social est « démantelé », on demande aux groupes communautaires de « patcher les trous ». « Mais comment continuer à venir en aide à une population de plus en plus marginalisée quand nos financements ne sont pas indexés au coût de fonctionnement réel ? », demande-t-elle. « Nombre d’organismes à l’heure actuelle doivent couper des postes. Ça implique égale ment une coupure dans les services directs aux per sonnes. »

Économie de bouts de chandelles

Mélanie Pelletier a parlé d’économies « ridicules » : des travailleuses de bureau qui doivent demander à leur gestionnaire quand elles ont besoin d’un stylo, des techniciennes en éducation spécialisée qui sont li mitées à 40 photocopies par année scolaire, des confé renciers invités au Cégep Limoilou qui ne touchent aucune compensation financière. « Je pourrais pour suivre pendant des heures. On est rendu loin dans les coupures et les économies de bouts de chandelles. »

On ne lâche rien

Frédéric Côté de la Coalition main rouge a résumé la détermination collective de contrer les mauvais choix du gouvernement, en rappelant qu’ils crieront encore et encore tant et aussi longtemps que le gouvernement ne réinvestira pas massivement dans les services pu blics et les programmes sociaux.»

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