Des réveillons des Fêtes sans alcool ? Pourquoi pas…

Par Gilles Simard
Publié le 19 décembre 2025
Photo: Céline Montreuil

Que ce soient les rencontres familiales, les collègues du bureau, les amis du gym ou bien la solitude, les prétextes et les occasions de trinquer ne manquent pas durant la période des Fêtes et tout ça peut être particulièrement éprouvant pour un-e alcoolique qui tient à rester sobre pendant cette période de l’année.

Voilà probablement ce que Marguerite L. (Margo), une membre AA de la région de Québec (décédée depuis) avait en tête, il y a seize ans, quand elle a demandé à Jerry (prénom fictif), un de ses « filleuls », s’il se sentait capable d’organiser un premier réveillon de Noël (et du Jour de l’An) sans alcool. Une fête, disait-elle, où d’autres membres pourraient manger, fraterniser, rire et danser, bref, passer du bon temps ensemble plutôt que de se ronger les sangs ailleurs.

— Je vais l’essayer, a répondu notre homme, lui qui un soir de Noël où il se morfondait, avait trouvé un certain réconfort en allant à une petite soirée toute simple organisée par l’Amicale Alpha, au centre-ville de Québec.

Sans surprise, Jerry rappelle qu’il avait des craintes et se posait toutes sortes de questions avant de se jeter à l’eau avec ce projet de réveillon…

— « Je me demandais dit-il, si notre petit comité allait être à la hauteur, si les gens allaient venir, si on aurait assez de sandwichs, et puis à un moment donné, je me suis raisonné et je me suis dit : tant qu’on aura des sandwichs sur la table, les gens en mangeront, s’il en manque, ils comprendront.

On était en 2010 et ce premier événement-là, au sous sol de l’église Saint-Rodrigue, fut un grand succès de participation et d’organisation. Plus de trois cents per sonnes s’étaient pointées, avaient mangé, joué, fraternisé, écouté des partages et surtout, prouvé qu’alcoolique ou pas, on pouvait « traverser » Noël et le Jour de l’An le cœur léger et l’esprit clair, sans trop d’apitoiement et d’acrimonie et surtout, sans regret pour la suite.

— Imagine, reprend Jerry, on avait tenu le coup pendant plus de douze heures et à la fin, on était tellement fatigués, qu’on était comme « gelés », traversés. Pourtant, de continuer le sympathique bonhomme, si tu me demandes quel a été mon préféré de tous ceux que j’ai organisés, eh bien ça reste celui-là, mon tout premier. J’étais tellement content et le sentiment d’accomplissement était tellement fort, tellement grisant, que ça valait n’importe quoi.

Un énorme sentiment de gratitude

Autrement, quand on lui demande ce que tout cela lui a apporté, le gaillard est sans équivoque.

— Le fait de me donner à fond dans ce projet m’a apporté trois choses, dit-il. D’abord, l’immense plaisir d’avoir trouvé un sens à ma vie, d’avoir trouvé ma place et de me sentir utile. Puis, l’humilité, un mot dont une femme démunie m’a fait découvrir le vrai sens, un jour que je l’ai croisée au marché alors qu’un peu gêné je ramenais un sac de canettes vides pour ajouter à notre budget des fêtes. Lui ayant donné mon sac, elle m’avait fait comprendre qu’elle s’en servirait pour payer ses passages d’autobus.

— Vous savez, m’avait-elle dit, il n’y a pas de honte à avoir quand on fait ce genre de choses (ramener des canettes vides), surtout quand on est dans le besoin.

Ça, je m’en suis toujours souvenu.

Enfin, la troisième chose, raconte Jerry, c’est un soir de réveillon, vers la fin d’une soirée « spécial-toutous », quand un petit garçon qui était venu avec sa mère et sa sœur m’a rapporté la peluche qu’il avait reçu en cadeau : « Merci, monsieur, je vous redonne mon toutou, m’a-t-il expliqué. Moi, mon cadeau, c’est d’avoir vu maman à jeun pour la première fois de ma vie, un soir de Noël. »

Ouf !

Une tradition bien ancrée

Cela étant dit, avec plus de structures, d’encadrements et de bénévoles, l’aventure s’est ensuite poursuivie à chaque nouvelle année jusqu’à maintenant, alors que le Comité des Fêtes annonce depuis quelque temps la tenue des deux réveillons dans le secteur de Beauport (Giffard).

— Ça va certainement bien aller, s’enthousiasme notre homme, et en plus de fêter le quinzième anniversaire de cet événement, on va honorer quelques-uns des membres fondateurs. Quant à moi, ben, il est temps de passer la main. Tu vois, m’explique-t-il, ce qui compte, ce n’est pas le nom, mais la Fête elle-même.

Bien sûr et merci Jerry… Ça va bien aller, c’est certain. Et depuis le temps, on imagine bien qu’il y aura assez de sandwichs pour tout le monde !

P.S. À noter ici que les deux événements annoncés les 25 décembre 2025 et premier de l’an 2026 sont réservés aux membres AA ainsi qu’à leurs proches ou familles. Pour informations : 418-529-001

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