Dès l’aube, tous les soirs, une promesse vidéo de 40 minutes se pose au 2e étage de la bibliothèque Gabrielle-Roy (angle Est), dans le quartier Saint-Roch. Il s’agit de quatre artistes et de quatre autrices lié.e.s. par un projet commun. La Ville de Québec a ouvert ses archives et elle a proposée aux artistes de puiser à même ses documents pour créer à partir d’un matériau brut, une œuvre polyphonique qui raconte, à la pénombre, des bouts morcelés de la ville et de son histoire.
Le résultat est magnifique. Les astres – la météo – ne s’alignent pas toujours pour en apprécier la qualité artistique. Or, la projection des œuvres offertes en boucle jusqu’à la fin octobre, permet d’envisager une lecture, une relecture, une occupation de l’espace pour découvrir chaque fois des effets inat- tendus de la projection. C’est un travail d’orfèvre, il faut voir cette performance de mots et d’images qui racontent, nous raconte, de différentes manières.
À mon passage, j’ai été impressionné par le rythme des images présentées et les effets de vitesse qui accompagnent la proposi- tion d’Olivier A. Bois. Ce dernier, habilement, jouxte, superpose, colle ; il créer des moments, occupe le temps en quelques minutes pour dire la ville, montrer des images, sans lien apparent qui s’organisent devant nous pour devenir sonores. En effet, on voit des marteaux piqueurs, on imagine le bruit d’un but d’Alain Côté refusé ; des démolitions d’immeubles, des images du « mail » Saint-Roch – chef- d’œuvre architectural du rétro-futurisme – oublié. Une musique sans son, dans un centre-ville bruyant. L’image raconte, le son est évoqué sans bruit. Il s’agit d’une proposi- tion pertinente.
L’autrice Isabelle Hubert est ainsi jumelée à l’artiste vidéo Izabelle Desroches pour le court métrage Tenir le monde. De même, Alix-Pa- ré-Vallerand accompagne en mots le film de Gabrielle Harrisson Où est DieuE. L’artiste multidisciplinaire Aïcha Bastien-N’Diaye se joint à l’effort vidéo d’Irina González pour Elles ont traçé, à nous de jouer. Quant à l’écrivaine Mireille Gagné, elle ajoute sa prose aux images d’Olivier A. Dubois pour La machine à voyager dans le temps.
Le projet est un produit de l’ambition de la ville, en partenariat avec La maison de la littérature. Il faut mettre en valeur les archives de Québec. Il faut saluer l’audace bienvenue. En ces temps de chantiers. La ville ainsi projetée, comme un personnage en mouvement, se construit, déconstruit, selon l’humeur du temps ; elle s’adapte, au mieux et il faut assister aux images qui défilent pour se souvenir ou découvrir encore cette ville