Le tramway et risques de gentrification

Par Gilles Couture
Publié le 21 septembre 2026
Intersection René-Lévesque et Claire-Fontaine. Photo: Gilles Couture

Le tramway de Québec, c’est 7,6 mil liards de dollars d’investissement public. Un projet pensé pour décarboner les déplacements, désengorger les artères de la ville et moderniser le transport collectif. Derrière les bonnes intentions écologiques se cache pourtant une réa lité que les citoyens ont tout intérêt à comprendre : ce chantier transforme aussi profondément les règles du jeu en matière de propriété, de logement et de contrôle du territoire.

Quand une infrastructure publique devient un actif financier, ses finalités changent. La CDPQ Infra, bras investisseur de la Caisse de dépôt et placement du Québec, vise un rendement de 10 % sur sa mise. Ce n’est pas un secret. Mais cela signifie concrètement que les décisions relatives au tracé, aux stations et au développement immobilier environnant répondent aussi à une logique de rentabilité, et pas seulement à des impératifs de service public ou d’accessibilité universelle.

Le risque le plus tangible pour les résidents, c’est ce qu’on appelle l’éco-gentrification. À mesure que les stations de tramway s’installeront dans les quartiers, les valeurs foncières et les loyers grimperont autour des pôles de mobilité. Les propriétaires et les promoteurs immobiliers en bénéficieront directement. Les locataires, les petits commerces et les ménages à revenus modestes, eux, risquent d’être progressivement chassés de leur quartier. Un projet vert, donc, mais dont les bénéfices pourraient être captés de façon très inégale.

À cela s’ajoute une autre question, moins visible mais tout aussi importante : qui contrôle les données ? Les systèmes numériques qui géreront le réseau — tarification, achalandage, planification des trajets — produiront une quantité considérable d’informations sur les habitudes de déplacement et sur le territoire. Si ces données restent entre les mains d’opérateurs privés ou de plateformes technologiques, c’est une part de la capacité décisionnelle de la Ville qui se déplace hors de la sphère publique.

Ce que ce projet révèle, au fond, c’est une tension réelle entre finance verte et justice territoriale. Pour que TramCité 2033 serve vraiment les Québécoises et les Québécois, il faut des engagements concrets : des protections pour les locataires, des réserves de logements abordables, une transparence totale sur les hypothèses de rendement et un contrôle démocratique des données du réseau.

Le tramway peut être un outil de transition juste. Mais cela ne se fera pas tout seul : cela se décide maintenant, dans la conception même des montages financiers et institutionnels du projet.

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