
Le 20 août dernier, la Table citoyenne Littoral Est et le Bureau d’animation et d’information logement (le BAIL) ont organisé une action devant la résidence pour aînés (RPA) Le long des Berges. Ils ont dénoncé l’inaction de nos élu.es face à la fermeture prévue en octobre de la résidence et ont exhorté le maire Bruno Marchand et le conseiller municipal Raymond Poirier d’agir concrètement pour protéger les locataires.
Azélie Rocray de la Table citoyenne Littoral Est s’est dite scandalisée par le manque de soutien de nos élus, alors qu’une centaine de locataires ont dû trouver un nouveau logement en raison de la décision unilatérale du propriétaire.
William Demers du BAIL a rappelé comment le propriétaire a fait pression sur les locataires sans jamais les informer de leurs droits, notamment le droit de conclure un nouveau bail pour y rester. Le changement d’affectation d’une RPA en logements locatifs privés n’oblige pas les locataires à quitter s’ils acceptent de rester sans service, mais bon nombre ne le savaient pas. De plus, certains locataires ont été menacés de représailles s’ils tentaient d’obtenir justice. Depuis plusieurs années, le BAIL demande à la Ville de Québec d’empêcher la conversion des RPA.
Pier-Luc Fauché a parlé de son ami, un octogénaire arrivé dans cette RPA en février dernier. À peine deux mois plus tard l’annonce de la fermeture est tombée. Il est toujours là, avec quatre ou cinq autres personnes qui n’ont pas quitté. En date du 6 août, le propriétaire avait toujours refusé de négocier un renouvellement du bail sans service.
La crise du logement place les aîné.es en situation de grande vulnérabilité. Catherine Charron de la Table citoyenne Littorale Est s’est dite indignée de la façon dont tout cela s’est passé. Au Québec, près de 2 000 unités de RPA ont été perdues dans les dernières années. À Québec, un 3 1/2 avec services dans une RPA coûte en moyen 2 728 $ par mois. Les aîné.es s’appauvrissent parce que leurs revenus sont généralement fixes mais les loyers augmentent sans cesse.
Plusieurs rencontres ont eu lieu avec un représentant de Raymond Poirier et de Marilou Bouliane, deux élus municipaux. Finalement ils n’ont rien fait. Il y avait un OBNL prêt à acheter la RPA et conserver les services, mais la Ville de Québec n’a pas appuyé cette démarche. La Ville dispose de pouvoirs de zonage et de préemption, et une réserve foncière destinée au logement social. La Table citoyenne Littoral Est a lancé une pétition revendiquant que la Ville invoque la préemption pour toutes les RPA en cas de vente afin de les socialiser.
L’itinérance des personnes aînées est en augmentation drastique, et la fermeture d’une RPA augmente la précarisation et pourrait avoir de graves conséquences, a souligné une citoyenne. Une militante au Carrefour familial des personnes handicapées a rappelé que l’hébergement d’urgence déborde déjà. Quand les RPA ferment, c’est encore pire : « la rue, ça fait vieillir mal. » Georges Goma, chroniqueur à CKRL et actuel candidat de Québec Solidaire dans Charlesbourg, a incité tout le monde à s’indigner contre une société fondée sur l’argent.
Le conseiller municipal Raymond Poirier affirme que « le repreneuriat et le développement rapide de projets alternatifs sont des défis souvent insurmontables, que ce soit sur le plan financier ou réglementaire. » tel qu’il l’écrit sur sa page Facebook. Il prétend que les RPA relèvent essentiellement du gouvernement du Québec, et « il n’y a pas d’OBNL en mesure de reprendre une résidence dans une logique d’entrepreneuriat social. » Malgré les 750 RPA au Québec qui ont fermé leurs portes ces dernières années, M. Poirier n’a que ceci à proposer : « Une réflexion semble s’imposer sur la viabilité de ce modèle, et je continuerai d’y participer. »