
C’est arrivé en septembre de l’année dernière. À chacune de mes visites au McDo de la rue St-Jean, j’optais immanquablement pour le second étage. Pourquoi ? Euh, je suis plutôt du genre à lécher les vitrines de l’intérieur plutôt que de l’extérieur. Grâce aux immenses fenêtres du 1151, je pouvais ainsi reluquer ma marchandise favorite … la foule ! Si je n’ai point réussi à apercevoir les amants de la rue St-Jean, dont nous jasaient Les Cowboys Fringants dans l’un de leurs succès, j’ai peut-être aperçu votre binette.
Ce jour-là, entre deux séances d’écorniflage, je pondais quelques mots d’un texte destiné au magazine Femlu. Un brin romantique, je rédige toujours mon brouillon au crayon à mine, comme dans l’ancien temps, avant, naturellement, de transférer le tout à l’ordi comme il se doit aujourd’hui. Tout d’un coup, voilà que des paluches s’emparèrent des restes de mon trio-déjeuner afin de les jeter dans la poubelle tandis que retentissait une voix m’ordonnant manu militari de ramasser mes feuillets et de partir afin de « laisser la place à d’autres clients. »
Alors que j’avais pris la décision de ne jamais remettre les pieds dans ce McDo maudit, je m’y suis introduite récemment question de vérifier si les foutus écriteaux nous honoraient toujours de leur présence. Eh oui, j’en ai repéré quelques-uns informant la clientèle sur la notion de « FLÂNAGE INTERDIT ». Grosso modo, ça se résume ainsi : « Limite de 45 minutes, à la discrétion des gérants. » Sans surprise, on y mentionne aussi « l’achat requis » ainsi que la surveillance du château de Ronald McDo par des « caméras vidéo ».
Selon vous, mon éviction était-elle justifiée ? Si j’avais payé une portion de malbouffe, j’admets toutefois avoir traîné un bon deux heures sous les célébrissimes Arches Dorées. Je reconnais également que, au moment de mon expulsion, l’affluence ne s’avérait point la même que lors de mon arrivée chez McDo. Dans ma bulle, je n’avais pas remarqué que l’ambiance du Sahara s’était métamorphosée en celle d’un simili New York.
Bien que j’ai une crotte sur le cœur, le but de cette lettre d’opinion n’était pas vraiment de riposter aux cruelles bouffonneries de Ronald en l’entartant à mon tour. J’avais surtout envie de partager une réflexion au sujet de nos semblables qui n’ont souvent dans leur sac à dos qu’une fatigue extrême, du stress, du désespoir, des souffrances physiques et des bleus à l’âme. Peut-on vraiment s’habituer à cette forme d’humiliation à répétition ? Imaginez tous ces regards qui se posent sur vous lorsqu’on subit un tel traitement dans un lieu public. Sans oublier ce sentiment d’être un objet plutôt qu’un être humain …
Transparence oblige, dans le cadre de mon travail, j’ai déjà eu à expulser des personnes en situation d’itinérance. Un hall de salle de spectacle n’est malheureusement pas l’endroit pour demander « un p’tit peu de change SVP » ? Quant à permettre l’utilisation des toilettes, vous vous doutez de la réponse. Même si j’essayais d’être le plus respectueuse possible, un malaise m’envahissait. Le 12 septembre 2025, j’ai vaguement eu l’impression que l’on m’avait rendu la monnaie de ma pièce …