Il y a, dans ce monde, une tribu, un culte, une vague, que nous appelons folk.
Le mot vient de l’allemand, volk, et cela veut dire, simplement, «les gens».
En pensant aux gens qui ne sont pas riches, aux gens qui travaillent la terre, aux gens qui travaillent dans les usines… et qui cherchent le bonheur. Les gens, le peuple, le monde… ne sommes-nous pas tous dedans ? Avec cette soif de bonheur ?
Mais dans un sens plus pointu, folk est un terme musical. Il réfère aux chansons du peuple. Les chansons anciennes et sans auteur connu, qu’on appelle sur les étiquettes de disques : « Trad » .
Traditionelles, passées de génération en génération, connues de tous, fréquemment chantées. Folksongs. Dans l’industrie de la musique en 1 960 quand j’avais 19 ans, le folk était devenu un genre très fort. Il était constamment à la radio. Il comprenait les chanteurs qui aimaient ces chansons, qui les chantaient. Qui adoptaient leurs styles, leurs accords de guitare, leurs souffles d’harmonica. Pour faire des nouvelles chan sons dans ce style.
Billy Bragg est un de ces chanteurs. C’est un Britannique d’une cinquantaine d’années, et il marche dans les pas d’une légende du folk, Woody Guthrie (1 912 1 967). Guthrie est le grand dissident de la chanson américaine : L’auteur de This Land is Your Land.
Billy Bragg a performé au Festival d’Été de Québec cette année sur une des scènes où c’était gratuit. Et pour moi et ma blonde Réjeanne, le show de Billy Bragg était le moment du festival 2 026.
En devenant un folk fan, j’ai vite saisi la connexion avec mon propre pays, et quelques autres pays … Avec les Canadiens-anglais Joni Mitchell et Gordon Lightfoot ; avec les Québécois Richard Séguin et Gilles Vigneault ; avec les Acadiens Edith Butler et Zachary Richard ; avec le Grec Mikis Théodorakis et le Chilien Victor Jara …
(Aux USA, Pete Seeger a été le philosophe du folk. Il est décédé il y a quelques années à presque 100 ans. Vers 1 960 il était venu à un colloque de folklore à Qué bec, où il a appris la chanson Un Canadien errant. ll l’a aimée, et il l’a fait connaître à travers le monde. Les folkies américains appellent leurs rassemblements des «hootenannies» et ce colloque à Québec, pour Pete, avait été tout un hootenanny !)
Billy Bragg a des fans dans notre ville, chose que j’ignorais. Ils et elles sont venus à son concert et ont chanté les refrains avec lui, pour ses chansons Saint Swithen’s Day et Waiting for the Great Leap Forward ; ça a été une sorte de hootenanny à la scène du FEQ devant le parlement.
Billy a dit : « Woody Guthrie est mort jeune, bien trop jeune, terrassé par une maladie dégénérative. Souvent on nous dit qu’il avait écrit sur sa guitare «CETTE MA CHINE TUE DES FASCISTES ». Il y a quelques années, on m’a fait un honneur. On m’a invité à chanter des textes que Woody n’avait jamais enregistrés, mais qu’il avait laissés dans un tiroir avant de mourir. Des vrais beaux poèmes ! J’étais honoré, mais le slogan inscrit sur sa guitare, j’ai fini par comprendre que c’était juste un slogan. On ne peut pas changer le monde avec un slogan, ou avec une chanson. Si vous êtes d’accord avec ce qu’on se dit ce soir, cependant, et vous êtes prêts à travailler fort, et à vous grouper, VOUS pouvez changer le monde !»
Il s’est lancé dans une tune. Dans cette tune, le garçon Woody fait la cour à une petite fille :
Elle m’ dit, « I have to say
T’es tellement laid que tu m’effraies.»
J’dis, « Tite fille, ça peut être vray,
Mais personne d’autre peut chanter comme moé !»
J’écoute cette tune beaucoup, depuis, avec mon café du matin. Là-dedans, le petit Woody se vante énormément. N’est-ce pas ce que veut dire le verbe BRAG, mon cher Billy ? Ça doit être pas mal pourquoi que j’aime les folkies tant que ça.
There ain’t nobody who can sing like them.